En groupe: Traditions valdôtaines
À la fin de la 2ème Guerre mondiale, l’exigence de se réapproprier de la culture d’antan était forte chez les valdôtains. L’associationnisme fut l’une des méthodes les plus pratiquées pour combler ce désir et, dans ce cadre, un grand travail fut accompli par le Comité des Traditions Valdôtaines. Cet organisme existe encore aujourd’hui et il continue à œuvrer pour que les traditions de notre région ne se perdent pas.
Parmi les nombreuses initiatives qui caractérisèrent l’après-guerre et le Comité des Traditions Valdôtaines en particulier, nous allons nous arrêter sur l’institution, en 1949, d’un groupe choral baptisé «Traditions Valdôtaines». Le premier maître de musique fut M. Amédée Pignet qui, malheureusement, n’est plus. L’interview que nous vous proposons a été enregistrée dans le contexte du documentaire produit par le groupe, à l’occasion de son cinquantenaire.
Amédée Pignet – Quand je me suis présenté et nous avons parlé pour la première fois, ils m’ont demandé de les faire chanter. Moi je leur ai répondu : « Non, je ne vous fais pas chanter, il faut tout d’abord apprendre la musique ! ». Il a fallu répartir les voix entre soprano, ténors, basses et barytons. Ensuite nous avons commencé à faire un peu d’école. Ils étaient tellement pressés de commencer à chanter et moi, par contre, j’allais tout doucement parce qu’ici ils avaient l’habitude de chanter tous de la même façon et, souvent, ils chantaient mal. J’ai tenu le coup et ils m’ont laissé faire. Ils avaient une grande volonté.
En 1954, à la suite d’un grand travail de recherche, la chorale décida de se doter d’un costume, inspiré de la tradition régionale mais, en quelque sorte, également de la mode française de la cour de Louis XIV.
Le costume féminin arriva donc le premier. La robe est en drap de laine bordeaux, avec une jupe à godets et longue jusqu’aux pieds. Le corsage, du même tissu, rattaché à la jupe à la hauteur de la taille derrière et détaché sur le devant, est fermé par un cordon noir dont les bouts, à l’origine, se terminaient par des ferrets en argenton.
Les manches pagodes s’arrêtent au-dessus du coude et il en sort des engageantes à trois volants de lin blanches.
Un grand nœud vieux-rose, fixé sur la poitrine en guise de fermeture et le ruban de velours noir avec camée au cou des dames sont les deux éléments coquets du costume.
L’élément le plus caractéristique est représenté par la coiffe noire, en fine guipure apprêtée et tuyautée, appelée « Fontange », puisqu’elle s’inspire au modèle porté par Mme De Fontange, favorite du Roi Louis XIV de France.
C’est Mme Nadine Cotter qui se charge de tresser les dentelles que embellissent cette mise.
La Fontange est soutenue par une charpente métallique que seul M. Mauro Diémoz est encore capable de réaliser et qui demande pas moins de 5 heures de travail.
En 1956, même les hommes eurent leur costume, qui reproduisait l’habit bourgeois des années 1830 environ.
Il est cousu en drap de laine bleu foncé : le pantalon à pont est enrichi d’un panneau avec neuf boutons jusqu’à la taille et de bretelles. La chemise est en lin avec un plastron plissé sur le devant.
Les hommes portent des bas rouges et des souliers noirs.
Un élégant haut-de-forme noir complète le costume.
La cravate en large écharpe, elle aussi en soie bordeaux, présente un nœud particulier.
Tout ce travail à la recherche de la typicité et de la fiabilité historique s’expliquent par les idéaux du groupe Traditions Valdôtaines.
Les danses ont été introduites la première fois en 1957, en forme chorégraphique des pas populaires répandus dans les Alpes entières. Mais le chant dominait encore les spectacles et ce ne fut qu’en 1981 que les proportions se renversèrent. Aujourd’hui, l’exhibition des Traditions Valdôtaines (qui, quand elle est complète, dure une heure et demie) propose une introduction explicative, des danses, des chants et mêmes quelques petits moments de jeu théâtral. Les danses aussi ont changé : elles sont moins choreographiques et plus traditionnelles.
Les années soixante avaient vu l’introduction dans le spectacle d’instruments originaux pour rythmer la musique des accordéons : le « Fléau » et « le Boeus ». C’est M. Daniel Pascal qui peut nous expliquer de quoi il s’agit.
L’activité du groupe passe par la participation aux festivals, par les spectacles et toutes les occasions de s’exhiber qui est commun au folklore valdôtain. Ils ont toutefois une caractéristique : une sorte de portes ouvertes au siège du quartier de Saint-Ours, à l’occasion de la Foire du même nom.
Elena Foudon -La Foire de Saint-Ours est, pour nous comme pour tout le monde en Vallée d’Aoste, quelque chose de bien particulier. Pour nous, qui nous sommes un groupe folklorique, c’est encore quelque chose de plus, parce que nous avons ce « devoir » (qui en réalité est un plaisir) d’animer la manifestation. Nous sommes mobilisés au cours de la « veillà », mais également l’après-midi et le matin, en nous produisant le long des rues. Le moment le plus important est toutefois le soir : au cours de la « veillà » nous faisons notre spectacle et nous ouvrons les portes de notre siège, proche de l’église de Saint-Ours, à tous ceux qui veulent venir nous rendre visite. On mange, on boit, on chante, on danse. Depuis quelques années, même des non-Valdôtains viennent chez nous, ils savent que nous sommes là et ils viennent exprès. Nous avons la même fonction des nombreuses caves des particuliers qui ouvrent juste pour la Foire. C’est l’occasion pour rencontrer des gens que tu n’as peut-être pas l’occasion de croiser le restant de l’année. C’est aussi l’occasion pour inviter les autres groupes qui animent aussi la Foire (auxquels nous rendons visite à notre tour).
Mais la gaïté et le désir d’être ensemble ne se manifeste pas qu’au moment de la Foire de Saint-Ours : chaque mariage aussi est une occasion pour se retrouver. Ce sont Paolo Comé et Sonia Cuzzocrea qui nous racontent leur expérience.
Paolo Comé – J’ai connu avant tout son père, puis je suis entré dans le groupe. Au cours des sorties et des spectacles nous avons approfondi notre connaissance réciproque et, à la fin, nous nous sommes mariés. Le jour de mariage a été le plus beau de ma vie et le sien aussi j’espère ! Une chose qui, au cours de la cérémonie, m’a profondément touché a été le moment où le groupe a chanté. Ça a été une grande émotion, parce que j’y tenais beaucoup. Une autre tradition est que, quand on fait la fête au restaurant les membres du groupes jouent « La fêta di Veuladzo », le conte d’un mariage dans un hameau valdôtain. Les joueurs sont aussi les époux et les autres invités.
Au fil de ces émissions consacrées aux groupes folkloriques, nous avons souvent eu l’occasion de dire que le fait de tomber amoureux et de se marier au son des accordéons n’est pas l’exception, mais presque une règle. Il y a toutefois quelqu’un qui a internationalisé cette expérience.
Roberto Volget – Presque tous les ans nous faisons un échange culturel avec un groupe étranger : nous les recevons et ils nous accueillent chez eux. Il y a quelques années nous avons organisé cet échange avec un groupe de la Slovaquie. Au cours des fêtes et des manifestations j’ai connu une fille. J’étais presque le seul à parler anglais ; elle aussi. En dansant, en chantant et en se fréquentant nous sommes devenus amis. Nous nous sommes fréquentés pendant quatre ou cinq mois, nous nous sommes mieux connus et nous nous sommes mariés. Cela fait désormais 12 ans. Ma femme a abandonné son groupe et est venue dans le nôtre. Elle y est restée pendant dix ans et puis, maintenant, pour des problèmes de travail, elle a dû abandonner. J’en suis désolé mais ce qui est important c’est qu’elle me permette de continuer même si elle n’y est pas!
Pubblicato / aggiornato
il 13/12/2020 alle 20:30
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Categoria:
Cultura / Video