Rien qu’une vache – Huile essentielle
Surprise, surprise ! En Vallée d’Aoste on ne produit pas que l’huile de noix ! Il y a aussi l’huile qui naît d’une jolie plante violette au parfum intense : la lavande. Cultivée à Montjovet, Verrès et Champorcher sous les attentions de Maria Rosa Bonel et Marcello Barletti, elle pousse luxuriante dissimulant en elle-même mille vertus. Conquis par le charme de cette cultivation atypique pour notre région, nous allons suivre les pérégrinations de la lavande, de la récolte, jusqu’au produit final : l’huile essentielle.
Le soleil est chaud et, pour les fleurs, le moment est propice. Les amis ont été ralliés : rendez-vous à 7h30, on commence à couper.
Le parfum est saisissant et les bavardages des personnes qui travaillent se confondent avec le bruissement des fleurs, qui se frottent les unes contre les autres pendant qu’elles sont chargées sur le fourgon.
L’articulation de la journée prévoit des temps plutôt longs et, pour que le produit final soit de bonne qualité, le procédé de fabrication de l’huile doit être engagé au plus vite.
Il est désormais 10h30. Le fourgon petit à petit est en train de se remplir, la fatigue gagne mais les coopérateurs de Maria Rosa et Marcello ne se découragent pas.
Hypnotisés par le mouvement de la faucille qui continue son travail, le temps d’une rêverie, nous nous laissons transporter à l’âge où les anciens Druides récoltaient leurs plantes médicinales, pour les mettre ensuite dans le chaudron et en extraire une potion magique. Maria Rosa nous réveille de cette pensée onirique mais nous nous rendons compte que notre comparaison n’était pas si hasardée.
En regardant le champ de lavande qui peu à peu se dépouille, il est difficile d’imaginer qu’à partir de cette plante on produira de l’huile. Contrairement à ce que leur nom suggère, les huiles essentielles ne contiennent pas de corps gras tel que les huiles végétales obtenues avec des pressoirs. Il s’agit de la sécrétion naturelle élaborée par le végétal et contenue dans les cellules de la plante, soit dans le calice, soit dans la tige ou bien l’écorce ou tout autre partie encore. L’huile essentielle est obtenue par la distillation de la plante en alambic. Selon l’huile désirée, on prendra le tout ou une partie d’une plante spécifique, pour en extraire la quintessence, la structure biochimique, en la capturant à des fins médicales ou hygiéniques. Dans le cas de la lavande, les emplois possibles sont nombreux.
Le travail avance jusqu’au moment du casse-croûte. On a presque terminé et, après le déjeuner, on partira rejoindre la distillerie pour y transformer la lavande. En observant la scène de la pause, on perçoit le fil commun qui rapproche le fauchage du fourrage à celui de la lavande : la cohésion sociale typique des petites communautés rurales, qui voit ici 17 personnes réunies, en l’occurence par amitié, pour la récolte d’aujourd’hui.
Le champ est vide, le fauchage est terminé et le fourgon part bondé de son parfum. Destination la distillerie : là, l’huile essentielle sera fabriquée. Il existe plusieurs méthodes d’extraction des huiles essentielles. Le procédé le plus courant est la distillation à la vapeur d’eau. Trois cuves sont reliées entre elles par de minces tubes. La première cuve reçoit de l’eau et la seconde les plantes. L’eau est doucement chauffée, et la vapeur passe dans la cuve contenant les plantes. La vapeur circule à travers les végétaux et se charge des principes actifs. Puis elle s’échappe par un long tuyau fin en forme de serpentin, qui baigne dans un récipient d’eau froide. La vapeur, ainsi refroidie, se condense en gouttelettes et arrive dans la troisième cuve : l’essencier. Mais, tout d’abord, il faut décharger les plantes.
La montagne violette que nous voyons deviendra donc une petite bouteille d’huile?Quand on parle d’huiles essentielles, le rendement se rapporte habituellement au pourcentage d’huile essentielle qu’on peut extraire d’une plante. Le rendement varie selon les conditions de croissance, comme la lumière, la température, l’eau et les éléments nutritifs, ainsi que selon le degré de maturité.
La composition des huiles essentielles est très complexe. Terpènes, aldéhydes, cétones, phénol, lactones, esters, sont des composants que l’on retrouve dans les huiles essentielles. Très volatiles, les huiles essentielles ne rancissent pas, elles sont solubles dans l’huile et dans l’alcool, mais pas dans l’eau.
Les pipes des alambics sont fumantes, les parfums et les bruits se mélangent dans une atmosphère surréelle : la vapeur est en train de passer à travers des plantes en en capturant “l’âme”.
Les alambics que nous sommes habitués à voir normalement sont ceux qui distillent l’eau-de-vie, ou d’une façon générale des substances alcooliques. S’agit-il du même alambic?
Goutte-à-goutte l’huile commence à sortir ! Il est 17h00 et nous sommes face au premier résultat du travail. Les huiles essentielles de qualité doivent être rigoureusement pures. Une goutte sur un papier buvard ne doit pas laisser de trace durable en séchant. Il est également important de savoir différencier les espèces d’une même plante. Dans notre cas la lavande : on la connaît bien sous ce nom, mais elle existe également sous le nom d’aspic. La première est, en fait, la fleur femelle ; la seconde est la fleur mâle. Ses feuilles sont plus larges et son parfum légèrement camphré. De plus, l’aspic mûrit plus tard dans la saison. L’hybridation des deux fournit le lavandin, qui n’aura pas les mêmes propriétés que l’huile essentielle de lavande vraie. D’où l’importance de la différentiation des espèces, notamment en consultant leur nom botanique en latin. Pour rester dans l’exemple de la lavande, sachez que Lavandula Angustifolia aide en cas d’hypertension et d’angoisses, que Lavandula Latifolia calme la toux et est un bon anti-viral et que Lavandula hybrydas régénère la circulation et décontracte les muscles. Pratiques, ces noms en latin, ou pas ?
À la fin de la journée, de la plante nous sommes arrivés à l’huile, mais avant de terminer, quelques petits conseils ! Pour commencer, inutile de préciser de ne jamais laisser des huiles essentielles à la portée des enfants. Risque d’empoisonnement et de brûlures! La première précaution à prendre est de systématiquement bien visser le bouchon. Ces huiles sont très volatiles et en refermant mal le flacon, les arômes s’échappent.
Ne tombez pas dans le piège “tout ce qui est naturel est bon pour la santé”. Sans vouloir dramatiser, les huiles essentielles ont un pouvoir thérapeutique et, utilisées en surdosage ou à mauvais escient, elles peuvent mener à des effets indésirables importants. Toute thérapie devra être supervisée par un naturopathe ou un spécialiste formé pour ce genre de soins.
Pubblicato / aggiornato
il 01/03/2021 alle 22:06
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Cultura / Video