2004 – Rien qu’une vache – Même les chèvres ont leur désarpa
Le petit matin, dans la haute vallée du Grand-Saint-Bernard. Sur la voie qui porte au col Serena, seulement un chasseur isolé, avec son chien, guette, à la jumelle, sa proie
Le silence, qui enveloppe, à cette heure, toute la montagne est soudainement rompu par un lointain, et très caractéristique, tintement de cloches.
C’est la désarpa. Une tradition ancestrale qui concerne tout le monde de l’élevage. Comme les vaches, le mois de septembre signe, pour les chèvres et les brebis aussi, la fin de la saison des pâturages en haute montagne, et le troupeau est conduit aux étables du fond de la vallée.
La descente est, à vrai dire, quelque peu désordonnée et les chèvres donnent souvent du fil à retordre aux bergers et à leurs chiens qui cherchent à conduire le troupeau en faisant respecter, tout de même, un petit peu de discipline.
Mais, on le sait, les chèvres sont des animaux à l’esprit libre, avec un caractère très indépendant. De plus, tout comme leurs cousins, le chamois et le bouquetin, elles aiment grimper et escalader les rochers, se courant après, luttant et se donnant des coups de cornes. Ces jeux chahuteurs permettent également d’établir une hiérarchie entre elles.
Pendant quatre mois, Edy Jordan et John Jacquemod se sont occupés d’un troupeau de 130 têtes. Et pourtant, l’élevage n’est pas leur activité principale: c’est une véritable passion qui les anime et ils consacrent ainsi aux brebis et aux chèvres, surtout à celles de bataille, la presque totalité du temps libre que leur travail leur permet.
Ce n’est pas une moindre tâche, surtout l‘été lorsque le troupeau est laissé paître librement sur les prairies de la haute montagne. Deux fois par semaine, John et Edy montent jusqu’à 2800 m pour contrôler que tout se passe bien et approvisionner le troupeau en sel. Le jour de la désarpa, le moment est venu, finalement, pour fter, en compagnie, la fin d’une longue saison.
La pause terminée, la descente reprend, en passant à travers le village abandonné de Bois, pour arriver finalement à l’alpage Beurruard, loué par la famille de Edy. Ici les chèvres seront divisées et restituées à leurs propriétaires respectifs qui, pour l’occasion, ont fait le déplacement.
Arrivés à l’étable, les bergers ne sont toutefois pas encore au bout de leur peine. Encore faut-il “persuader” les chèvres à rentrer, ce qui met à dure épreuve la patience des bergers et de leurs fidèles assistants. Pour conduire un troupeau de chèvre, il faut tout un savoir-faire dicté par l’expérience!
Une fois réunies dans l’étable, les chèvres sont divisées et rendues à leurs propriétaires. Parmi ceux-ci, il y a aussi des jeunes. Denis Alliod n’a que 21 ans et il nous raconte sa passion, née alors qu‘il était tout petit.
Le moment est venu, pour les propriétaires et leurs troupeaux, de regagner la plaine et de se donner rendez-vous à la prochaine année, pour le renouvellement de celle qui n’est pas une simple tradition. La capacité de la chèvre de s’adapter aux situations extrêmes est en effet une contribution essentielle à la gestion du territoire de montagne, et au maintien de la biodiversité, sans oublier l’importance des productions liées au territoire, à ses caractéristiques, aux races autochtones, aux modalités d‘élevage tout à fait particulières, qui garantissent une variabilité unique et des caractéristiques qu’on ne retrouve pas dans les productions industrielles. Une activité d’élevage considérée longuement subordonnée à celle des bovins et qui réclame, justement, sa place dans le panorama zootechnique valdôtain.
Pubblicato / aggiornato
il 12/10/2020 alle 20:30
Categoria:
Economia e Lavoro / Video