Rien qu’une vache – Abeilles reines
Dans la vallée où les vaches sont reines, d’autres animaux ont eux aussi une élue qui porte la couronne, et en particulier certains insectes. Nous sommes en train de parler des abeilles. Ce soir, nous consacrerons notre attention aux petites et infatigables ouvrières et, plus spécialement, à la mère de toutes, celle qui garantit la reproduction et, par conséquent, la survie de toute ruche. C’est la reine des abeilles qui, par son action reproductive continuelle, joue ce rôle fondamental.
Nous sommes à Saint-Marcel, au siège du Syndicat Apiculteurs du Val d’Aoste. Cette structure ne se limite pas à la production de miel : elle se consacre également à la sélection d’une race d’abeilles parfaitement adaptée au climat valdôtain. Dans ce contexte, la recherche se fait surtout en partant de la mère. Nous allons donc suivre la série des opérations réalisées pour parvenir à une bonne sélection.
En premier lieu, le technicien se protège avec un masque, pour éviter les piqûres. Pour travailler en sécurité et calmer les abeilles, il utilise de la fumée qu’il asperge dans la ruche. Les abeilles s’épouvantent et elles rentrent dans les cadres, où elles se tranquillisent en mangeant du miel.
Parmi les cadres de couvain, il faut choisir des larves très jeunes (pas plus de quatre jours de vie, nous l’avons dit). Le couvain que nous voyons est trop âgé et nous ne pouvons pas l’utiliser.
Un couvain âgé se distingue d’un jeune à ses larves qui sont déjà operculées et, dans certains cas, forment déjà des nymphes.
Une recherche qui doit être faite avec grande attention et beaucoup de patience !
Finalement on y est : l’aire que M. Carlin est en train de nous montrer contient, en effet, des larves tout à fait comme il faut ! Nous les verrons toutefois mieux une fois que nous nous serons rendus dans le laboratoire.
Avant il faut encore accomplir une opération : le cadre est plein d’abeilles qui doivent être éloignées à l’aide d’une brosse, avec une certaine énergie mais sans les endommager.
Dans le laboratoire, une latte porte coupoles est déjà prête. Il ne s’agit de rien d’autre que de cellules artificielles, en plastique, qui vont accueillir les larves. Elles ont été prédisposées à l’avance, parce qu’elles doivent avoir la même température et la même odeur de la ruche.
Les larves sont prélevées de leurs cellules originaires au moyen d’un instrument appelé picking. Il permet de les sortir même si elles sont toutes petites. Dans leur nouvelle cellule, une goutte de gelée royale les attend.
Vous la voyez la larve ? Elle est là au fond.
Les lattes sont à nouveau insérées dans le cadre qui, à son tour, est placé au milieu de deux ruches communicantes. Dans ce secteur, les abeilles sont orphelines de leur reine.
Les mesures de sécurité sont les mêmes : casque et fumée.
Les abeilles orphelines sont bien disposées à élever les larves royales, qu’elles reconnaissent parce que la cellule est plus grande que pour les abeilles ouvrières.
Les abeilles nourrices sont richement alimentées par un sirop sucré et, à leur tour, elles fourniront aux larves de la bonne gelée royale.
Le travail de l’apiculteur continue et le temps passe. Dix jours pour la précision. Après quoi…
M. Carlin est très satisfait : toutes les cellules ont été acceptées pas les nourrices et elles ont été complètement operculées.
Les nymphes sont âgées de 14 jours et, dans deux ou trois jours, elles vont naître : la reine des abeilles naît quand elle a 16 jours.
Le technicien doit à ce moment intervenir à nouveau, en séparant les cellules. Différemment, la première reine née tuerait les autres en les piquant de son aiguillon. Chaque cellule est alors insérée dans un protège-cellule pour les transférer dans la ruchette de fécondation. Ces ruchettes sont, elles aussi, orphelines, puisque deux ou trois jours avant leurs reines ont été enlevées.
Nous voilà donc à la ruchette de fécondation. Encore un peu de fumée mais, attention, pas de senteur de sueur : les abeilles n’aiment pas ça !
Dans cette nouvelle ruche, qui sera son premier royaume, la reine des abeilles va naître.
Il faut insérer la cellule dans le nid à couvain, en respectant la température idéale. La ruche a donc une fonction substantielle de pépinière.
Nous attendons 24/48 heures pour pouvoir parer la ruche d’un beau ruban rose.
M. Guido Francesconi, président du Syndicat des Apiculteurs du Val d’Aoste, est en train de nous montrer la reine abeille nouveau-née. Elle est encore vierge, parce qu’elle n’a pas encore été fécondée.
Sa naissance régulière est le signe qu’elle a bien été acceptée par le groupe.
Le fait qu’il s’agit d’une reine vierge se reconnaît à deux facteurs : ses mouvements sont très rapides et son abdomen est encore mince : après la fécondation, sa taille augmente.
Nous avons eu de la chance à voir immédiatement la reine. Parfois on n’y arrive pas, mais les abeilles sont calmes et c’est bon signe. Pour être sûr que la naissance a bien eu lieu, on reprend la cellule : si elle est ouverte et vide, cela signifie que tout s’est bien passé !
L’abeille commence donc vite sa fonction : toute sa vie est consacrée à la reproduction. Elle ne sort de la ruche qu’une seule fois dans sa vie : pour se faire féconder par six ou sept mâles différents (appelés faux-bourdons) au cours de son vol. De retour à la ruche, elle dépose les œufs (trois mille par jour !) qui deviendront des larves. Les larves vont ensuite se transformer en des temps différents selon la catégorie : 21 jours pour les abeilles; 16 jours pour les reines et 24 pour les faux-bourdons.
Ce sont les abeilles ouvrières qui volent dans les prés à la recherche du nectar. Et ce sont toujours les ouvrières qui, dans la ruche, préparent le miel, la cire et la gelée royale.
Elles ont aussi une fonction importante dans le couvain en veillant à ce que la température dans la ruche soit toujours idéale. Quand la température monte, elles sortent toutes de la ruche et, en battant très rapidement leurs ailes, elles produisent la ventilation nécessaire à faire baisser la température.
Tout compte fait, la vie la plus simple est encore celle du faux-bourdon : rien d’autre à faire que de féconder la reine ! Oui, mais il faut être rapide, parce que c’est toujours les premiers arrivés les mieux servis et ce sont ceux qui pourront déposer leur semence et se garantir une descendance !
Le faux-bourdon est assez difficile à distinguer, mais le voilà !
Revenons aux abeilles reines. M. Francesconi a placé celle-ci dans une cage à reine pour nous montrer une autre opération fondamentale accomplie à Saint-Marcel : le marquage. Il est important de connaître l’année de naissance de chaque reine du rucher, pour cela chaque année est désignée par une couleur (pour 2006 c’est le blanc) et l’on maquille la reine.
On introduit donc la reine dans un cylindre fermé par un bouchon perforé puis, à l’aide d’un piston fait d’un petit bâton et d’un morceau de liège, on la pousse doucement pour ne pas lui faire de mal vers le bouchon jusqu’à l’immobiliser en prenant garde à ne pas l’écraser. On peut alors la marquer au moyen d’un petit pinceau avec de la couleur naturelle.
Ensuite, on la réinsère dans sa ruche. Ainsi maquillée, elle est encore plus facile à reconnaître, mais qu’est-ce qu’elles sont nombreuses !
Nous avons oublié de dire une chose importante : ce n’est pas tout à fait vrai que la reine ne sort qu’une seule fois de la ruche au cours de sa vie. Justement pour l’action de sélection de la race dont nous avons parlé au début, une abeille élevée à Saint-Marcel peut être prélevée de son royaume, encagée encore une fois et remise à un apiculteur particulier, qui la placera dans une ruche de sa propriété pour la faire reproduire.
Et nous sommes arrivés à parler des apiculteurs. Au Val d’Aoste, ils sont actuellement au nombre de 467 (pour un total de 7.206 ruchers) et il y a toujours plus de monde qui songe à intégrer à l’activité habituelle la production du miel et des autres dérivés du travail des abeilles.
L’existence du Syndicat leur permet, nous l’avons vu, de participer à l’amélioration de la race, mais également d’apprendre toutes les techniques modernes d’élevage qui sont nécessaires pour la bonne conduction d’un rucher.
Quand nous nous sommes rendus à Saint-Marcel, un stage de formation sur l’élevage des reines abeilles, d’une durée de quatre semaines était en train de se conclure. Ce sont les techniciens du Service de l’Essor des Productions agro-alimentaires de l’Assessorat régional de l’Agriculture et des Ressources naturelles qui tiennent les leçons. M. Francesconi explique à quelques apiculteurs les finalités de l’initiative.
Donc les apiculteurs apprennent de quelle façon gérer un petit élevage de reines des abeilles. Il s’agit de notions de base importantes non seulement pour avoir des abeilles fortes et adaptées au climat valdôtain, mais également pour pouvoir compter sur un nombre élevé de familles et de ruches, pouvant assurer le renouvellement des générations nécessaire pour anéantir les conséquences des maladies de ces insectes.
Les reines de Saint-Marcel ont un bon caractère et elles sont de grandes travailleuses.
La recherche a débuté en 1972 et les croisements ont produit des reines aux différentes couleurs : jaunes, marrons ou gris. Le jaune arrive de l’abeille « ligustica italiana » (qui vient de la basse vallée et qui supporte bien la chaleur) ; le noir de l’abeille « mellifica mellifica » (qui vient de la haute vallée, mais qui a une origine allemande) ; les abeilles « carnica » et « caucasica » viennent par contre de la Suisse.
À ce point, si vous vous sentez amis des abeilles, vous savez où vous pouvez vous adresser pour devenir apiculteur. Mais attention : avant de prendre une décision passez à l’hôpital et vérifiez si vous êtes allergique au venin de ces insectes. Si vous l’êtes, il vous faudra continuer à manger le miel produit par les autres ; mais si le test résulte négatif, alors feu vert. Ou, pour en rester en thème : feu jaune et noir !
Pubblicato / aggiornato
il 05/07/2021 alle 20:30
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Cultura / Video