Rien qu’une vache – Chariot de traite
Les vaches valdôtaines sont depuis quelques temps sur les hauts pâturages. Ce type de transhumance se pratique depuis des siècles, en Vallée d’Aoste, pour de multiples raisons liées à l’alimentation, à la qualité du fromage, à la fenaison. Les éleveurs valdôtains ne renoncent pas à monter à l’alpage dans la période estivale, même si cela comporte de nombreux sacrifices. Par rapport à autrefois, les alpages sont bien plus confortables, et la qualité de vie des hommes et des troupeaux s’est sûrement améliorée. Cette amélioration est la conséquence directe des progrès qui ont touché le monde de la zootechnie. Dans ce cadre, nous irons aujourd’hui parler d’un système de travail conçu pour la traite, dans lequel ce ne sont pas les vaches qui vont dans la salle de traite, mais la salle de traite qui se rend chez les vaches. Comment est-ce possible ? Tout simplement avec un chariot de traite.
L’idée que ce camion, si on peut l’appeler ainsi, puisse être démonté et transporté nous intrigue : c’est alors que nous décidons d’attendre le jour de la montée à l’alpage de l’Entrelor, pour pouvoir assister aux opérations de démontage et transport en hélicoptère. Ce qui nous paraît une entreprise très difficile.
Si avant nous croyions que c’était difficile, maintenant les opérations de démontage nous paraissent impossibles. Mais, contrairement à ce que nous nous attendions, il s’agit d’un travail qui prend peu de temps.
Les différentes pièces du chariot sont démontées ; petit à petit cette machine est divisée en trois parties, chacune a été conçue pour être hélitransportée, avec un poids approprié et un système d’accrochage pour le transport. C’est étonnant : en quelques minutes, cette salle de traite itinérante est prête à prendre le vol. L’hélicoptère arrive. On charge la première partie du chariot. Les moteurs tournent, toujours plus vite. On démarre. Nous survolons prairies et forêts, une paroi et des rochers. Puis voilà, c’est le pâturage. Nous apercevons les vaches : nous sommes arrivés. Les techniciens à terre suivent les opérations de décrochage. En très peu de temps, le chariot sera remonté et il sera prêt pour la traite de l’après-midi.
Mais à présent les vaches paissent encore ; nous profitons alors de ce moment à notre disposition pour interroger Tourille sur l’histoire de ce chariot de traite.
Ce type de chariot n’a pas été acheté dans un magasin, ni projeté par des entreprises du secteur, mais il a été conçu et construit à l’Institut Agricole Régional.
Dans un concept de stabulation libre et de bien-être de l’animal, le fait de ne pas déplacer les vaches dans l’étable ou dans la salle de traite, mais de porter cette dernière au pâturage, c’est un atout important. Évidemment, ce système présente des avantages et des inconvénients.
Le point de vue du projeteur, nous l’avons entendu et nous avons compris que ce système permet non seulement d’économiser le travail des alpagistes, mais également d’améliorer leur style de vie, en rendant le travail moins lourd. Mais qu’en pensent les vaches ? Du point de vue sanitaire et hygiénique, est-ce que les troupeaux en tirent eux aussi des avantages ?
Confort et bien-être ont une répercussion plus que sensible sur la santé des vaches, et cela se voit aux pieds, aux pattes, au pis et aux trayons, à la façon de s’alimenter, à la prise alimentaire, à la fertilité et à la longévité des bêtes. Ce type de confort tient à de nombreux facteurs et l’utilisation du chariot de traite à l’alpage permet une stabulation totalement libre.
Mais, en Vallée d’Aoste, les limites principales de la stabulation libre sont liées surtout au comportement des vaches de la race valdôtaine, dont les équilibres internes sont fondés sur la hiérarchie, comportement auquel elles peuvent donner libre cours dans les conditions de stabulation libre. La combativité de la race serait donc l’une des causes de la difficulté d’effectuer la stabulation libre dans notre région.
Le système de gestion de l’alpage avec le chariot de traite est donc nécessairement lié à la stabulation libre, qui n’est pas très pratiquée en Vallée d’Aoste. Mais l’Institut Agricole Régional n’est pas le seul qui utilise cette salle de traite itinérante.
Ailleurs c’est différent, et le chariot de traite est employé avec succès.
Les vaches continuent leur après-midi, tranquilles, dans les pâturages ; les alpagistes qui s’occupent de la traite ne sont pas encore arrivés : par rapport à leurs collègues qui doivent ramener les troupeaux à l’étable, ils ont plus de temps à leur disposition. Les rythmes de cet alpage sont donc bien différents.
Il est évident que la qualité de la vie dans cet alpage est élevée et également que les coûts sont abattus, mais nous sommes tout de même en train de parler d’un système de travail qui prévoit un certain investissement initial, et il n’est pas encore aisé d’en mesurer l’entité, du moment que ce chariot de traite est un prototype et qu’il n’est pas encore produit en série.
C’est l’heure de la traite. Les alpagistes arrivent et déchargent les bidons pour le lait, ils apportent l’eau pour les vaches et préparent la machine pour traire. Puis voilà que les vaches arrivent, l’une après l’autre, elles se placent au-dessous du chariot et se laissent attacher à la trayeuse. Les opérateurs n’ont qu’à appliquer la machine, marquer le nom des bovines sur un carnet et contrôler que tout se passe bien. Une fois la traite terminée, la vache sort de l’autre côté et c’est au tour de la suivante. Observons donc de tout près les opérations de traite.
Au cours de la traite, les vaches mangent du concentré : il ne s’agit pas vraiment d’une source alimentaire nécessaire, du moment qu’elles vivent sur les pâturages ; c’est plutôt un système « d’attraction ».
La traite continue, presque en autonomie. Nous profitons alors d’un moment de tranquillité pour bavarder avec …, qui travaille depuis longtemps dans les alpages et a donc eu la possibilité de confronter les deux types de travail, celui traditionnel à l’étable et celui avec le chariot de traite.
Jugement positif. En effet, en observant la traite, ce chariot paraît être une bonne solution de travail ; il faut tout de même considérer que pas tous les alpages se prêtent à ce type de mécanisation.
Dans le cas où le terrain n’est pas bien accessible, il est évident que l’introduction d’un chariot peut comporter des problèmes, son déplacement peut se faire avec facilité grâce aux quatre roues motrices, mais dabs des conditions de terrain trop en pente ou accidenté, il ne peut pas être utilisé. Et dans des conditions normales, est-ce que c’est difficile de conduire ce véhicule ?
Au cours de cette émission nous avons donc découvert un système de travail innovateur et une technologie très avancée, qui change la vie de l’alpage. Mais, en observant les vaches, nous avons aussi découvert une autre chose : la hiérarchie du troupeau ne se fait pas seulement avec les cornes et le combat : elle passe aussi à travers le lait. En effet, ce sont les vaches qui décident l’ordre de la traite, ce n’est pas l’alpagiste. Les vaches dominantes vont se faire traire les premières et les autres attendent. C’est comme ça tous les jours.
Le travail à l’alpage continue, les vaches avec leur cadence régulière et calme poursuivent la marche vers le chariot de traite. Dans les milieux naturels sauvages de la Vallée de Rhêmes-Notre-Dame, cette grande machine super technologique nous plonge dans une ambiance ambivalente : là où les vaches sont encore menées aux pâturages de haute altitude, comme du temps de nos grands-pères et de leurs grands-pères avant eux, une invention de l’homme est arrivée pour améliorer la qualité de la vie de ceux qui, au de là de tout temps, continuent à travailler la terre.
Pubblicato / aggiornato
il 12/07/2021 alle 20:30
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Cultura / Video