Rien qu’une vache – La micoula et le retour de la culture du seigle à Hône.
Hône. Vous vient-il à la mémoire la morphologie de cette petite commune de la basse Vallée ? La portion de territoire en plaine est assez réduite et les versants sont immédiatement abrupts : pas de pentes douces, ici.
Un territoire qui semble être exclus de toute hypothèse d’agriculture. Et, pourtant, la nature a ses secrets et elle permet à l’homme de tirer des produits même des territoires étiques et difficiles. C’est ainsi que, dans le passé, les terrains des alentours de Hône – non utilisables pour la production de fourrage destiné à l’élevage ni pour les céréales nobles ou l’horticulture – étaient destinés au seigle. Cette céréale est montagnarde par définition : elle ne demande qu’un terrain où planter ses racines, un peu de fumier et de l’eau, même modestement. Et puis elle pousse, sans solliciter d’attentions particulières, et elle murit. Quand on la coupe, elle donne des graines de bonne valeur nutritionnelle, destinées à devenir farine et puis pain. Pour 100g de pain, on a 55g d’amidon, entre 8 et 10 g de protéine végétale, moins d’1g d’acide gras, des vitamines de la famille B et E, des éléments minéraux tels que le calcium, le magnésium ou le phosphore et finalement de 3 à 5 g de fibres.
Une culture du passé, nous disions, mais du présent aussi et, dans le futur, peut-être même davantage.
En effet, la culture du seigle risquait de disparaitre de Hône : les agriculteurs plus âgés aspiraient, à juste titre, à la retraite et personne ne s’annonçait à l’horizon pour prendre la relève.
Heureusement, en 2007, grâce à l’initiative de quelques jeunes et bien moins jeunes aussi, une inversion de tendance se produisit par la fondation de l’association Amis de la Micoula.
Avoir une idée c’est une chose, la mettre en pratique c’en est une autre. Avant tout il fallait avoir les connaissances nécessaires pour se lancer dans l’aventure agricole. Deux solutions furent avancées : recruter des anciens élèves de l’Institut Agricole régional et s’appuyer sur les savoirs ancestraux des anciens agriculteurs.
Les compétences remédiées, il fallait encore disposer de terrains pour semer.
Dernier aspect d’importance capitale: les outils agricoles, pour l’achat desquels un investissement s’avérait indispensable. Là c’est l’administration publique qui est intervenue en aide aux refondateurs du seigle.
Tout était alors prêt et, à la fin de la première campagne agricole, quelques quintaux de seigle furent récoltés. Les fondateurs de l’association avaient une idée bien précise quant à la destination des graines, et ce dés le début, du moment même où il se sont baptisés : le but était produire de la Micoula. Mais qu’est-ce que c’est la micoula ?
Un petit déplacement vers le fond de la Vallée, à Donnas, où il y avait aussi la micoula et où la confrérie du Saint-Esprit de Tréby en faisait un emploi particulier.
Revenons à Hône et, tout particulièrement, à la date du 8 décembre 2007 : c’est la première édition de la fête de la Micoula, à laquelle deux autres ont déjà suivies. Oui, parce que l’initiative des bénévoles Amis de la Micoula n’est pas un feu de paille! Au fil du temps ils sont devenus une trentaine (20 jeunes et dix expérimentés), ils cultivent une surface de 5 mille mètres carrés et ils produisent mille pains par année.
Leur travail commence au mois d’octobre, quand le terrain doit être préparé.
À novembre, vient le moment de semer.
Au cours de l’hiver, les petites graines dorment, pour se réveiller au printemps. Là une seconde opération doit être accomplie.
Le temps passe encore sans que personne ait besoin de se rendre sur les terrains ou de faire quoi que ce soit. Même pas arroser, puisque le seigle n’a besoin que de l’eau qui vient du ciel, quand il pleut.
Mais ces pratiques culturelles jusqu’où sont-elles traditionnelles et quand et dans quelles proportions la modernité par contre se fait ressentir?
L’expérience des vieux a alors été précieuse. Quels secrets ont été enseignés aux jeunes?
La belle saison venue, le moment de la moisson arrive. Et il peut être plus ou moins fatigant selon l’emplacement du terrain céréalier.
Michel Meynet est lui aussi un jeune agriculteur.
Nous en étions à la moisson. Une fois le seigle récolté et lié en bottes, il faut le faire sécher.
Vingt à trente jours après son entrée dans le grenier, le seigle est prêt pour être battu. Une opération qui est encore faite à la main.
Un «van« qui peut être manuel ou «presque mécanique».
Une seconde période de séchage, cette fois-ci un peu plus longue (un mois au minimum) attend les graines de seigle avant qu’elles ne puissent être moulues pour devenir farine. Une opération qui, à la fin de l’été, est faite dans un moulin.
Une fois la farine obtenue, elle devient l’ingrédient de la Micoula. Nous sommes curieux : quels sont les autres ingrédients ?
Cette opération de préparation et cuisson se fait au commencement du mois de décembre, à l’intérieur du four municipal. Elle prend trois à quatre jours et elle précède tout juste la date de la fête. Nous avons suivi les opérations destinées à l’édition 2009 de la manifestation. C’est toujours Marco Vuillermoz qui nous raconte le procédé pour faire le Micoula.
Petite impasse pour les organisateurs et petit scoop pour notre émission: au cours de la première cuisson, un certain nombre de pains a été brulé (cela peut arriver: la perfection n’est pas de cette terre!) et les organisateurs ont dû vite passer à une autre production pour pouvoir satisfaire les gourmands, le jour de la fête. Les images de la sortie du four que vous voyez n’ont alors pas été prises à l’occasion de la fête mais quelques jours plus tard, à l’occasion d’une cuisson moins “institutionnelle” et plus “amicale”.
Peu importe! La fête a toutefois bien réussi et plein de monde a acheté la Micoula, qui se vend à un prix de 5 euros chaque pain.
La fête de l’immaculée n’est toutefois pas la seule occasion annuelle de faire la Micoula: on en prépare aussi en d’autres périodes dans le courant de l’année.
Et nous en arrivons au grand objectif de l’association Amis de la Micoula : non seulement la récupération d’une culture et d’un pain qui risquaient de disparaitre, mais principalement un projet d’essor de grande envergure.
La lumière est alors faite sur la raison pour laquelle l’administration municipale soutient l’initiative depuis toujours: elle a ses finalités bien définies!
Le temps à notre disposition est terminé, nous vous remercions pour nous avoir suivis et nous vous donnons rendez-vous à la prochaine émission.
Pubblicato / aggiornato
il 16/01/2023 alle 20:30
Visualizzato volte
Categoria:
Cultura / Video