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En groupe: No sein de Sein Vinsein

À la fin des années Vingt, l’activité thermale était en plein essor, à Saint-Vincent. Les touristes accouraient dans la Riviera delle Alpi, qui était très à la mode. Si toutefois ils cherchaient avant tout à améliorer leur état de santé, ils profitaient également de l’occasion pour se distraire et connaître une réalité différente, celle d’un territoire de montagne. Parmi les activités qui commencèrent alors à éclore, un groupe folklorique naquit, en 1928 : No sein de Sein Vinsein.

Mme Olga Artaz, née en 1910, faisait partie de ce groupe et aujourd’hui encore elle se souvient parfaitement des touristes qui, à l’époque, fréquentaient les thermes.

Olga Artaz – Ils venaient au cours de l’été, à partir du mois de juillet. Ils s’arrêtaient jusqu’à septembre. A’ septembre arrivaient ceux du « fioro ». Vous savez ce que ça signifie ? C’étaient ceux qui ne voulaient pas dépenser beaucoup.

Olga Artaz – Ils étaient nombreux, tandis que les touristes du début de saison ne venaient qu’à deux ou trois par famille. A’ septembre, les touristes du « fioro » avaient des familles de sept, huit personnes, parce qu’ils étaient bien accueillis et ils payaient peu !

Dès le début, le groupe se distingua par les caractéristiques de son costume. Les femmes portaient des caleçons et un jupon en coton blanc, bordés de dentelles. Une robe  bleue aux manches longues, boutonnée sur le buste et ornée d’un passement en velours noir sur le fond. Un tablier noir brodé de fleurs multicolores agrémentait la robe. Un châle noir à franges, embelli par un motif floral, couvrait les épaules. Des dentelles blanches amidonnées décoraient le col et les poignets. Les gants étaient également blancs. Une coiffe noire abritait la tête. Le galon de velours noir au fond de la robe n’avait pas qu’une simple fonction esthétique, il possédait aussi, et peut-être avant tout, une utilité concrète: il servait à couvrir les éventuelles marques laissées par la modification de l’ourlet ou l’ajout d’une bande de tissu quand la différence de taille entre une danseuse et l’autre imposait quelques retouches.

Olga Artaz – Notre costume d’alors ressemblait beaucoup à l’actuel, mais il était de futaine. Et les tabliers avait des broderies faites à la main. Les cols étaient plus petits : rien qu’une petite dentelle, ainsi qu’aux poignets.

Le costume masculin se compose de chaussettes blanches en laine, de pantalons en velours bleu foncé longs jusqu’aux genoux et fermés par trois boutons, d’une chemise blanche fermée par un papillon en velours noir. Sur la chemise on portait un gilet noir et une veste croisée, taillée comme un frac à la queue carrée. Sur la tête, une haut-de-forme noire.

Hommes et femmes portaient des chaussures en cuir et même, quelques fois, des sabots en bois.

Au cours de la deuxième Guerre mondiale, les activités furent interrompues pour  reprendre au début des années cinquante.

On récupéra alors la tradition, en cherchant également à reproposer les danses originelles. Le chorégraphe fut Mme Livia Garlaschelli.

Livia Garlaschelli – C’est moi, avec quelques amies, qui ai reconstitué le groupe folklorique après la guerre. Nous avons vu le festival du folklore, nous avons pensé que nous avions aussi de beaux costumes et que nous pouvions participer aussi à ce genre de manifestations.

Livia Garlaschelli – Notre problème principal a toujours été la musique : nous n’avons jamais eu beaucoup d’accordéonistes. Notre première danse a été « La Badoche ». Une amie qui étudiait à Aoste a fait venir son professeur de gymnastique et c’est elle qui nous a crée cette danse. Ensuite c’est la bonne volonté et l’inventivité des autres qui ont joué. La Valse de Châtelains a été par contre chorégraphiée par une danseuse de la « Scala », qui était ici en vacances. Nous lui avons demandé de nous aider et elle l’a fait bien volontiers. Les autres chorégraphies sont dues à ma fantaisie, avec l’aide des autres.

Mme Garlaschelli n’a pas exercé l’activité de choréographe amateur que pour le groupe de Saint-Vincent.

Livia Garlaschelli – J’ai travaillé avec le groupe de Courmayeur et je me suis rendue, quelques fois, à Nus. Je ne sais même pas si le groupe folklorique de Nus existe encore. J’ai travaillé aussi avec les Traditions Valdôtaines.

Livia Garlaschelli – L’assesseur au Tourisme m’avait demandé si j’avais envie d’aller donner un coup de main. Je dois vous avoué qu’il m’avait offert une contrepartie et j’ai accepté!

À Saint-Vincent, on avait bien quelques accordéonistes pour jouer les musiques, mais on utilisait également quelques instruments originaux.

Eligio Favre – Les « tapabus ». Le mot vient de « tapage », mêlé au nom de famille de M. Alfonso Bus, qui est l’inventeur et le réalisateur de presque tous nos instruments. Il est mort il y a deux ou trois ans, mais c’était un grand personnage. Il a été animateur du Cénacle « Italo Mus » et du groupe folklorique. Avant de mourir, il m’a fait cadeau de ses instruments. J’ai accepté et quand le groupe a été nouvellement fondé, j’ai pensé qu’ils pouvaient être utiles. J’ai toujours eu cette passion pour les « tapabus ».

Mais  les particularités musicales du groupe de Saint-Vincent  ne s’arrêtent pas aux « tapabus: il y avait également des « cuillères » et d’autres instruments encore…

Eligio Favre – Ça ce sont les « cuillères ». Il s’agit d’un instrument que Alfonso a inventé, mais le rythme c’est moi qui l’a inventé. Il y a un autre instrument, que nous utilisons et qui ne vient pas de Alfonso Bus. Nous avons tiré inspiration par ci, par là, et nous l’avons utilisé au carnaval de Saint-Vincent. Nous sommes également en train de proposer un nouvel instrument, comparable à celui-ci que je tiens dans la main. Pour le compléter, il lui manquent deux cuillères.

Eligio Favre – Il ne s’agit pas d’instruments difficiles à jouer, mais il faut toutefois avoir le sens du rythme, de la passion et l’envie de jouer. Il faut surtout de la constance.

Ce fut une bonne période pour le groupe, enrichie du déroulement annuel d’un festival de folklore et même de tournées passionnantes.

Livia Garlaschelli – Quand j’ai abandonné le groupe (mes fils étaient déjà grands) j’ai reçu un prix de la part du Syndicat d’initiatives. Ils m’ont donné cette médaille d’or en signe de reconnaissance pour avoir promu Saint-Vincent avec le groupe. C’étaient les années Soixante et Saint-Vincent était connue surtout pour ses thermes, mais nous avons nous aussi porté notre contribution. Nos tournées n’étaient pas qu’en Italie : nous allions également en Suisse, en France et au Portugal. Mon équipe a même gagné la châtaigne d’or à Cuneo.

À propos du Portugal…

Olga Artaz – Nous nous sommes organisés pour aller à Lisbonne, à Cascais. Nous sommes partis de Milan et nous sommes arrivés à Lisbonne, où nous étions logés à l’hôtel « Don Carlos ». Ils nous ont fait faire une visite avec l’autocar et moi j’ai demandé à pouvoir être accompagnée voir le Prince du Piémont, pour le rencontrer personnellement et lui présenter nos vœux. Un ingénieur s’est chargé de téléphoner et le Roi nous a accordé une visite à 11 heures. Nous avons été ponctuels et, avant tout, on nous a demandé de signer le livre des visiteurs. Le roi Humbert portait une chemise militaire. Les autres visiteurs lui portaient de la terre d’Italie. Nous, par contre, nous lui avons fait hommage d’une bouteille de liqueur de génépy et des « torcettini » de Saint-Vincent. Nous sommes restés avec lui pendant une heure et moi je lui ai dit : « Vous êtes né le 4 novembre 1904 et nous voulons vous souhaiter un heureux 60ème anniversaire ». Il était âgé de 4 ans plus que moi.

Le groupe No Sein de Sein-Vinsein était composé d’hommes et de femmes âgés pour la plupart de 15 à 25 ans. Il ne s’agissait pas d’un règlement écrit mais d’une coutume : en effet, les danseurs avait l’habitude d’abandonner les activités folkloriques après le mariage. Tout fonctionna très bien jusqu’aux années Quatre-vingt, quand il fut impossible de poursuivre l’activité, faute d’adhérents.

Felice Artaz – Malheureusement, le groupe n’était constitué que de six couples : ils étaient très talentueux mais pas suffisants, parce que tout le monde devait être toujours présent pour permettre la réalisation des sorties. Le travail et les autres engagements empêchaient parfois à quelqu’un de participer et, par conséquent, il fallait tout annuler.

Felice Artaz – Le groupe a été alors dissous dans l’espoir de le reconstituer avec des jeunes ayant la passion du folklore.

M. Artaz et quelques amis ont cherché deux fois au moins à reconstituer le groupe, au cours des années Quatre-vingt et Quatre-vint dix, mais ils n’eurent pas de chance : les jeunes avaient d’autres intérêts et aucune envie de s’engager pour la constitution d’un groupe folklorique.

Felice Artaz – C’est avec prosélytisme qu’un membre honoraire de notre groupe, Mme Rosetta, a téléphoné à tous les anciens danseurs, les sollicitant à reprendre. En deux occasions nous sommes arrivés à un bon point de réalisation, mais nous n’avons jamais atteint le nombre nécessaire.

Felice Artaz – Peut-être la difficulté venait du fait que les jeunes sont attirés par d’autre intérêts, comme la télévision ou les danses plus modernes.

En 2001, enfin, une nouvelle tentative a été couronnée de succès : en groupant des anciens membres, leurs femmes, leurs enfants et leur amis, No Sein de Sein Vinsein a  revu le jour, avec une trentaine d’adhérents.

Felice Artaz – Heureusement les membres des familles des membres adeptes du groupe sont arrivés : ce sont les jeunes de fait et de cœur qui ont pris la relève. (lasciare il gioco di parole iniziale)

Felice Artaz – Nous partons d’un âge de 15/16 ans et nous montons.

Felice Artaz – Les membres du groupes sont actuellement une trentaine, avec quelques mascottes. Nous sommes très unis et nous cherchons à maintenir un esprit jeune.

Felice Artaz – La satisfaction est de pouvoir promouvoir nos traditions. Nos danses et nos musiques ne se sont pas perdues. Pour ce qui est des musiques, nous sommes arrivés juste à temps, puisque nous avons retrouvé l’une d’entre elles par simple chance. Nous n’avons rien changé et, grâce à l’aide de l’administration régionale et de notre municipalité nous avons pu réaliser tous les costumes nouveaux pour tout le monde.

Avec quelques difficultés, les musiques des années Cinquante ont été retrouvées et ceux qui s’en souvenaient ont appris les chorégraphies aux autres. Le répertoire se compose actuellement de 8 chorégraphies, dont deux sont encore à perfectionner. Les difficultés ont également concerné la recherche des tissus pour la réalisation des costumes, surtout ceux des femmes.

Marcel Isabelon – Nous avons cherché à savoir comment les costumes anciens étaient faits et trouver les étoffes indiquées pour leur confection.

Marcel Isabelon – Notre tâche n’a pas été simple, à commencer par le velours, impossible à trouver en Vallée d’Aoste.

Marcel Isabelon – Nous avons alors pensé nous rendre à Biella et ailleurs : nous avons trouvé quelques adresses, mais la difficulté la plus grande a été de trouver la bonne couleur bleue. Nous nous sommes même rendus à Turin et, enfin, nous avons trouvé plus ou moins ce que nous cherchions.

Marcel Isabelon – Nous avons trouvé une bonne solution : nous pouvons dire que nos costumes sont pratiquement identiques aux anciens.

Toute cette tentative de revenir aux origines, est aussi motivée par un désir d’unicité.

Marcel Isabelon – La première chose qui frappe l’attention c’est que presque tous les costumes valdôtains sont rouges et noirs, tandis que nous portons les couleurs de notre commune : le bleu et le blanc.

L’espoir, maintenant, est bien évidemment qu’une tradition née presque avec le siècle dernier puisse vivre une période sereine.

Felice Artaz – Nous avons la joie de maintenir ce groupe folklorique qui, je pense, est l’un des plus anciens du Val d’Aoste. Puis il y a le fait de nous trouver avec nos fils, et un jour, espérons, avec nos petits enfants (je ne dois tout de même pas exagérer !). Nous sommes heureux que la tradition se maintienne à Saint-Vincent aussi.

Felice Artaz – Le souhait est que ce groupe ne se dissolve jamais plus !

Cela n’empêche pas d’avoir aussi envie d’apporter des innovations.

Pubblicato / aggiornato il 22/11/2020 alle 20:30
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Categoria: Cultura / Video