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Rien qu’une vache – Désalpe valaisanne

L’automne est désormais arrivé, avec ses couleurs: jaune, orange, marron; avec ses odeurs et avec sa colonne sonore ! Ça pourrait sembler une boutade, mais pour tous ceux qui habitent les villages de la Vallée d’Aoste ça ne l’est pas du tout et cette colonne sonore de l’automne ils la connaissent bien. Eh oui, c’est caractéristique le «dolon, dolon» des sonnailles qui accompagnent les vaches pendant la désalpe. Et cette symphonie de cloches se joue aussi au-delà des Alpes. Pour en écouter les sonorités typiques, et bien sûr pour découvrir mœurs et traditions liées à la désalpe, nous nous sommes rendus en Suisse, à Sembrancher. Dans ce petit village, à 15 minutes de la frontière Italo-suisse, nous avons assisté à une véritable désalpe de «stars». Si dans notre région on distingue essentiellement deux types de désalpe, l’une touristique et l’autre traditionnelle, là nous avons découvert la désalpe des Reines. En effet, la descente de l’alpage avec défilé dans les rues du village est réservée aux reines de cinq différents alpages.

Lors de la désalpe, bien évidemment l’esprit de fête est également présent, tout comme la fierté du paysan qui marche en tête, au devant de sa vache décorée. On relève les mérites de la meilleure combattante, la reine de l’alpage, qui durant l’été a imposé sa force au reste du troupeau. On décore aussi celle qui a produit le plus de lait. 

L’impatience commence à se faire sentir, les gens se promènent le long des rues de Sembrancher en attendant le défilé des protagonistes d’aujourd’hui. Les vaches sont déjà en marche ; elles arrivent des alpages qui se trouvent dans les alentours.

Cinq mille personnes feront le déplacement pour venir jusqu’ici. Une journée de fête d’accord, mais, enfin, cinq mille personnes vont arriver ici rien que pour voir déambuler des vaches?

Cette manifestation est devenue incontournable dans la région et c’est un rendez-vous très attendu tant de la part du monde agricole que du citoyen qui est de plus en plus présent. Et la fête commence déjà le matin : les caves ouvrent leurs portes, les petits magasins de fromages font goûter leurs produits, de vieux tracteurs sont exposés avant de défiler eux-mêmes avec les vaches. Le climat de la fête est électrique, et les produits de l’agriculture se mélangent avec l’art. Dans la désalpe de Sembrancher l’art est le deuxième protagoniste, après la vache. Nous sommes donc pratiquement obligés de visiter la maison de l’art et de l’artisanat d’Entremont. Elle se trouve dans la rue ou passeront les troupeau et – oh, surprise! – qu’est-ce que nous trouvons dans ce petit musée? Mais des vaches, évidemment.

Élisabeth a déployé tous ses efforts pour créer cette maison de l’artisanat, qui avant était une laiterie, et le choix de cet endroit n’a pas été fait par hasard.

Un petit tour dans la maison de l’art et nous observons vaches de fer, vaches peintes à huile, vaches dessinées, et les artistes qui les ont représentées sont là aujourd’hui: le jour de la désalpe est trop important pour le manquer. En effet, bien que n’étant pas des éleveurs, ces artistes ont tout de même bien quelque chose à voir avec les bovines.

Ravis par l’art, nous nous promenons dans le musée, quand, à un certain moment, le «dolon dolon» nous ramène à la réalité : au comble de l’angoisse à l’idée d’avoir raté la désalpe, nous nous  précipitons à l’extérieur. Quoi? Tandis que nous sommes là,  perdus devant les tableaux, les reines passeraient dans la rue ? Mais au dehors, rien, aucune vache. Et pourtant la colonne sonore est encore là ! Comment est-ce possible? Ah, et bien voilà! Mystère résolu! Les vaches invisibles, nous en étions sûrs, ça n’existe pas. C’est seulement monsieur Papaux qui teste le son des sonnailles qu’il vient de fabriquer.

Mais le temps passe et le moment du défilé va bientôt arriver, les efforts des personnes qui participent et qui ont organisé la manifestation sont évidents, tout le monde est là pour la vache de la race d’Hérens, les noires combatives  qui passionnent tant les Valaisans, et pas seulement. Les rendez-vous liés à la race d’Hérens sont nombreux en Suisse : plusieurs combats, la fête de l’inalpe et celle de la désalpe. Ici, plusieurs personnes possèdent un petit troupeau, tout le monde voudrait posséder une reine. C’est n’est pas une simple question d’élevage, c’est un véritable «status symbol». Une question alors nous vient à l’esprit, la vache de la race d’Hérens, est une vache à lait, à viande où…à cornes ?

Le moment est arrivé. C’est la désalpe. Le front de la reine de l’alpage ainsi que celui de la vache reine du lait sont décorés avec une gerbe de fleurs fixée à leurs cornes. Troupeaux fleuris, carillons de sonnailles, et armaillis salués par des verres de vin blanc et des milliers de spectateurs. Le village voit défiler deux mondes ce jour-là, la civilisation de la vache et celle de l’automobile. Des vagues de troupeaux fleuris déferlent de la montagne, pour regagner la plaine dans un tintamarre de cloches. En sens inverse, monte un flot continu de curieux venus d’un peu partout, à la recherche de leur jeunesse à la campagne ou en quête d’un folklore mis en scène juste ce qu’il faut.. On a beau y être préparé : impossible de rester insensible au choc des cultures. C’est parti. Les anciens tracteurs ouvrent le défilé avec les chevaux et les bûcherons, suivis par la star de la journée : Souris, plusieurs fois reine cantonale et qui, avec ces 15 ans, peut encore se permettre d’ouvrir une désalpe, forte du fait que dans sa vie elle n’a jamais perdu un seul combat.

Le public applaudit au passage de cette reine des reines, tout de suite après arrivent les autres, c’est le moment de l’alpage de Champlong, qui a inalpé le 18 juin, avec ses 63 vaches de 17 propriétaires différents et les 3 bergers qui gèrent le troupeau.

110 journées se sont écoulèes et les 4 bergers de l’alpage de La Lettaz, avec 80 vaches pour une production de 16.000 kg de lait et 1700 de fromage, et Mignonne, la reine, ouvrent le défilé.

C’est maintenant le tour des alpages du Col du Tronc et du Col du Lin, puis encore Bavon, et pour conclure le troupeau anarchique des chèvres de Lourtier. Les vaches et leurs propriétaires s’arrêtent sur la place, on fête, on bavarde, on se raconte les journées à l’alpage.

Pubblicato / aggiornato il 26/04/2021 alle 20:30
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Categoria: Cultura / Video