2003 – Rien qu’une vache – La “décorda”
Lorsque l’été frappe à la porte, entre mi et fin mai, voici venir le moment de la “decorda”.
C’est, en Vallée d’Aoste, une occasion fort attendue par les éleveurs et leur famille. Ils vont enfin pouvoir libérer leurs vaches, après six mois de stabulation hivernale, et les envoyer en alpage où, les premiers jours de juin, les troupeaux des divers propriétaires se réunissent pour passer ensemble la saison d’été.
Depuis quelques années, les “decorde” sont de plus en plus fréquemment effectuées directement en alpage, signe d’un changement des usages traditionnels dont la cause principale réside dans les difficultés à faire transiter les bêtes dans les centres habités et le long des routes où la circulation se fait toujours plus intense.
L’esprit qui anime la “decorda” est cependant resté le même. C’est une véritable fête qui célèbre la fin de l’hiver et l’arrivée de l’été. Une fête traditionnelle encore très ressentie qui se fait en famille et avec les amis qui accourent pour partager une des journées les plus attendues de l’année.
Les vaches de Piero Bethaz et Rosella Frachey, de Gressan, ont été parmi les premières à retrouver la liberté et l’envie d’affirmer leur suprématie sur leurs compagnes d’étable, suivies de quelques jours par celles des familles Henriet-Fiou et Clos, familles pour lesquelles la “decorda” a eu pour scène les prairies de Buthier, au-dessus de Gignod, où chacune possède un alpage.
Mais retournons à Gressan, pour assister à la sortie de l’étable des vaches des Bethaz, un élevage renommé pour la qualité des ses reines des cornes et du lait, comme en témoignent les passionnés accourus en nombre pour assister à l’événement.
À Buthier, en revanche, les vaches sont arrivées en camion, depuis les étables de Gressan et de Quart, où se trouvent l’élevage de Germano Henriet et de son neveu Rudy Fiou.
Un élevage qui, en peu d’années, a suscité l’attention générale par la qualité de ses reines, classées nombreuses à la finale régionale des combats des reines.
Cette année encore, les satisfactions n’ont pas manqué pour Germano Henriet et Rudy Fiou, avec sept reines déjà sélectionnées pour la grande finale, dont Falcon, reine en première catégorie à Montjovet.
Tandis que l’air s’imprègne d’une odeur de fête, en attendant le signal pour détacher les vaches, qui commencent à s’impatienter, les propriétaires ne cachent pas leur inquiétude pour les accidents qui peuvent toujours se produire en ces circonstances.
Une inquiétude que partage René, le plus jeune des frères Clos de Jovençan, et qui témoigne, encore une fois, du lien particulier qui unit les éleveurs à leurs bêtes.
Finalement le moment est arrivé. Il est temps de détacher les vaches et de les conduire au pâturage, où l’instinct de suprématie leur fera de gouverneur.
Voici Falcon, la reine. Le choix du meilleur emplacement lui revient de droit, sur les hauteurs, d’où elle peut dominer ses adversaires et attendre les prétendantes, les vaches qui voudront la défier pour tenter de remettre en cause sa primauté.
D’un œil attentif, les nombreux passionnés suivent les mouvements des reines. Ils en connaissent tous les noms, et même leur généalogie et les résultats qu’elles ont remportés dans les différentes éliminatoires des batailles de reines et à la grande finale d’octobre.
Pendant la “decorda”, il est donc tout naturel de parler de sélection et de combat.
A ce rendez-vous, qui se perpétue chaque année, ce ne sont pas les souvenirs qui manquent. La “decorda” c’est aussi l’expression d’un monde rural qui s’est transformé ces dernières décennies. Malgré ses 36 ans, René Clos est un témoin de ces changements.
Tandis que les passionnés montés jusqu’à Buthier pour admirer les reines, ne perdent aucun des gestes de Falcon ni ceux de Pinson, reine régionale en deuxième catégorie des Clos, les femmes de la famille vont, elles, devoir se mettre à la besogne et préparer le dîner pour tous ces nombreux hôtes.
Pendant ce temps, Falcon bat l’une après l’autre les adversaires qui trouvent le courage de l’affronter et tous attendent la rencontre retenue décisive avec Marmotta, une autre reine bien connue de Germano Henriet et Rudy Fiou.
Falcon et Marmotta se cherchent. Elles sont toutes deux conscientes que ce combat est nécessaire pour établir quelle sera la reine qui conduira le troupeau, du moins au début, aux pâturages de Buthier. Au fil des jours et des semaines, la perdante tentera certainement sa revanche mais pour le moment il est dans l’ordre de la nature qu’une seule soit la reine.
Falcon a perdu. C’est Marmotta la reine. Mais Germano Henriet est tout de même content.
La tombée de la nuit qui accompagne la rentrée des vaches à l’étable, marque le terme d’une journée bien remplie passée en compagnie des amis de toujours.
Et voilà. Cette “decorda” entre déjà à faire partie des souvenirs de famille, mais elle ne manquera pas d’alimenter les discussions autour de la table.
Reines, batailles et alpages, les arguments préférés, vous pouvez en être sûrs.
Pubblicato / aggiornato
il 13/04/2020 alle 20:30
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