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En groupe: les Sargaillons

Dans les temps anciens, le sens de l’hospitalité et le désir d’accueillir au mieux les visiteurs caractérisaient les habitants de Torgnon au point de leur mériter le surnom de « Sargaillons ». Ce terme est absolument intraduisible et son explication part du verbe « sargailler »

Alma Perrin – « Sargailler » signifie faire un grand bruit, même en faisant sonner des sonnailles.

Inévitable alors qu’au moment de la constitution d’une chorale locale, le choix du nom ait été automatique.

« Les Sargaillons » sont donc nés, en 1969, sous l’impulsion de Bruno Aymonod, Piergiorgio Grange, Luigi Clément Lucat, Alma Perrin et de l’abbé Silvio Pession.

Une grande attention a été consacrée au dessin du costume et au choix du répertoire, mais un travail presque majeur a requis l’écriture du statut : riche et précis au point d’avoir inspiré de nombreux autres groupes.

Bruno Aymonod – La première chose que nous avons faite a été  le statut : il fallait nous donner des règles, parce que nous étions tous des novices. Nous avons  travaillé au statut pendant une année, en nous retrouvant deux ou trois fois par semaine. On voulait réaliser un beau statut.

Bruno Aymonod – Parmi les règles fondamentales il y avait celle où pour faire partie du groupe folklorique il fallait être tortgnoleins ou originaires de Torgnon. Nous gardons encore cette règle et nous souhaitons la garder pendant longtemps. Nous pensons qu’il est juste de maintenir cette petite particularité.

Les danses se sont bientôt ajoutées aux chansons et, pendant 10 ans, les deux expressions folkloriques ont marché ensemble. Mais, à la fin de années Soixante-dix, l’activité chorale a été abandonnée, parce que l’engagement des doubles répétitions était difficile à soutenir.

Le spectacle des Sargaillons se compose alors de six danses, toutes chorégraphiées par le groupe et ayant leur signification précise. « La Viellie » est l’aînée et elle reprend les pas que les torgnoleins dansaient à la fin d’une journée de travail. « La danse di Sargaillon » était dansée aux grandes occasions. « La fête du village » animait les fêtes patronales des hameaux. « Lo quatrin » est une danse rythmée qui évoque le battage du blé par 4 personnes. « La danse di cerclio » rappelle les longues veillées et le moment où les garçons faisaient la cour aux filles.

Toutes ces danses sont accompagnées par le son de l’accordéon et par d’autres instruments assez particuliers.

Nous venons de voir la sixième danse, baptisée « Lo Scensein ». Elle aussi s’inspire du battage du blé, mais elle est dansée par six couples. Elle a, en outre, une particularité : elle se termine par la distribution de « bonbons » au public. Mais ce ne sont pas des bonbons ordinaires !

Lina Ottin – Je ne suis pas entrée dans le groupe des Sargaillons pour danser ! Je faisais les bonbons. Tout est né du fait que je représentais la vannerie : il y a une danse qui représente le battage du blé. Lorsque les danseurs terminaient de battre le blé sur l’estrade, j’entrais avec le van et je vannais, c’est-à-dire que j’accomplissais l’opération de nettoyage des grains de blé. Avec le blé on fait de la farine et avec la farine on fait du pain. J’avais vu d’autres groupes qui distribuaient des bonbons au public et alors je me suis demandée : « Mais nous, qui nous produisons du pain, pourquoi ne pourrions-nous pas en distribuer à notre public ? ». Bien évidemment on ne pouvait pas jeter le pain comme ça ! Nous avons alors fabriqué des petits carrés  en toile de jute pour envelopper des morceaux de pain noir directement produit par nous-mêmes. Nous avons fermé le tout avec un ruban rouge et noir et avec un petit ticket sur lequel nous avons écrit : « Les bonbons des Sargaillons ». Terminé de vanner, je faisais alors le tour de l’estrade en lançant les bonbons, avec un geste gentil, pas comme quand on lance du manger aux chiens !

Le costume des « Sargaillons », nous l’avons désormais vu, s’inspire de la tradition locale, avec quelques touches d’originalité. Les premiers dessins avaient été faits par Piergiorgio Grange et les premières réalisations du costume féminin sont dues à Madame Elsa Gal.

Elsa Gal – sur le gilet nous avons cousu à la main des paillettes et il est fermé par un cordon blanc fait à la main.

Elsa Gal – Nous avons une chemise en coton. Nous avons trouvé des anciens modèles et nous les avons adaptés. La chemise est enrichie de dentelles sur le devant et aux poignets.

Elsa Gal – Le tablier est en satin rouge, plissé et avec des dentelles au fond.

Elsa Gal – La jupe est longue et elle est réalisée avec le même tissu du gilet. Elle est enrichie par un fil de paillettes.

Elsa Gal – Nous avons un jupon plus long que la jupe, qui doit dépasser et être visible au cours des danses.

Les femmes portent une coiffe sur la tête.

Elsa Gal – Le modèle de cette coiffe est ancien : nous en avons trouvée une dans un grenier du hameau de Berzin.

Cette coiffe n’est toutefois pas simple à garder sur la tête…

Lina Ottin – Notre coiffe (entre autre moi je ne l’ai plus) doit être nouée sous le menton et elle n’est pas commode à porter. Avant qu’une danse commençât, je contrôlais que toutes les filles l’avaient bien sur leur tête. Mais il est vrai que dès qu’elles le pouvaient, au cours de la danse,  elles secouaient la tête pour la faire tomber sur les épaules !

Si le costume des hommes est entièrement réalisé par le couturier, celui des femmes, par contre, doit être embelli par des dentelles que chaque adhérente au groupe devrait réaliser elle-même. Si on n’en est pas capable, on peut toutefois se faire aider…

Enrica Barrel –  Quand je suis entrée dans le groupe, presque toutes les filles étaient capables de travailler au crochet et chacune faisaient ses propres dentelles. Aujourd’hui cet art est un peu en train de se perdre et alors c’est moi et ma soeur qui les faisons pour toutes.

Enrica Barrel – Nous réalisons toujours le même modèle du début.

Enrica Barrel – Nous les amidonnons et nous les repassons pour les chemises, les tabliers et les jupons. Si on ne les amidonne pas ils ne sont pas aussi beaux.

De 1974 à 1990, les Sargaillons aussi ont eu leur version enfantine. Les « Petits Sargaillons » n’existent plus et on ne peut entrer dans le groupe qu’à l’âge de 15 ans. Mais ça vaut la peine de raconter les raisons de leur fondation et les particularités de leur histoire.

Chaque groupe folklorique a, inévitablement, des personnes qui capturent davantage l’attention du public. Pour les Sargaillons il faut parler de deux protagonistes : Lina Ottin (qui est, en quelque sorte, la grand-mère de tous) et Piero Chatrian, surnommé « Pierrot ». Il n’est plus, mais son souvenir est ineffaçable !

Lina Ottin – Voir sur les planches une femme âgée parmi tous ces jeunes était bien folklorique, ça donnait de la chorégraphie. Et surtout Pierrot ,avec la belle barbe blanche  qu’il avait ! Combien de photos on lui a fait ! Ils l’ont mise partout !

Lina Ottin – Malheureusement Pierrot n’est plus. On formait une belle compagnie, on sortait avec les petits Sargaillons.

Lina Ottin – Le plus beau souvenir que j’ai de Pierrot est quand nous sortions avec les enfants pour la fête du patois. Une fois nous nous sommes rendus, avec l’autobus, aux Combes d’Introd, où le Saint-Père allait en vacances et il y a la maison des Salésiens. Quand nous sommes descendus de l’autobus, les enseignants ont accompagné les enfants d’un côté et de l’autre. Les enfants les plus grands portaient la bannière des Petits Sargaillons.

Lina Ottin –moi et Pierrot, qui étions le grand-père et la grand-mère, nous fermions le défilé. Le public et les membres des autres groupes applaudissaient. Pierrot s’est arrêté et il a dit : « Applaudissez bien, parce que cette couvée elle est toute à nous deux ! ».

De la fondation jusqu’en 1990, Bruno Aymonod a sans cesse été président du groupe. La relève a été prise par de nombreuses personnes mais, en 2004, c’est encore M. Aymonod qui a assumé la tâche de guide. Au cours de son premier mandat, au début des années Quatre-vingt, un beau rapport d’amitié – qui résiste et existe encore – s’est instauré avec la commune wallonne de Thuin.

Bruno Aymonod – Tout cela a commencé en 1978. La chorale « Les Hirondelles », d’Arpuilles, avait des contacts avec la commune belge de Thuin. Ils nous ont demandé si on aurait aimé se rendre là-bas. Il y avait déjà deux chorales et cela aurait été une bonne idée de participer avec un groupe folklorique aussi.  Nous avons accepté et nous nous sommes arrêtés en Belgique pendant quelques jours. Nous nous sommes produits dans différents théâtres et avons eu du succès.

Bruno Aymonod – Un an plus tard, j’ai reçu un coup de fil et ensuite une visite du maire de Thuin, qui me demanda si la commune de Torgnon voulait se jumeler avec eux. J’ai répondu oui, mais eux comptent 15 mille habitants alors que nous ne sommes que 500 ! J’ai eu le doute qu’on était trop peu et le lui ai confié au cas où Torgnon aurait décidé de ne pas accepter,

Bruno Aymonod – Le jumelage a été fait l’année suivante, avec une visite de leur part à Torgnon et l’année d’après ce sont les Torgnoleins qui se sont rendus à Thuin. Notre délégation se composait d’une centaine de personnes, tandis que la leur en comptait 230.

Bruno Aymonod – Deux, trois fois par an les gens des deux contrées se retrouvent et pas seulement officiellement en tant que municipalités, mais même comme simples habitants et amis.

Tout ce patrimoine de souvenirs et d’expériences n’est pas vécu comme un fardeau par les jeunes adhérents, qui apportent une vitalité et des énergies nouvelles.

Lorena Nossein –Il est juste que les jeunes entrent dans le groupe et qu’il y ait un relais. Parfois les anciens n’ont plus tellement envie de danser et nous laissent leur place.

Laisser la place aux jeunes ? Peut-être, mais avec le désir d’être Sargaillon pour toujours !

Lina Ottin – Quand je serais morte et que les gens viendront à mon enterrement (j’ai toujours dit que je veux être enterrée) les Sargaillons ne devront pas jeter de la terre sur mon cercueil, mais une poignée de blé. J’ai toujours vanné et peut-être qu’ainsi je continuerais à fabriquer du pain !

Pubblicato / aggiornato il 29/11/2020 alle 20:30
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Categoria: Cultura / Video