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2005 – Rien qu’une vache : Batailles en Valais

Depuis 1922, en Valais, les hommes ont mis à profit le caractère naturellement combatif de la vache de la race d’Hérens pour organiser des joutes sportives : les combats des reines. Fortement ancrées dans l’identité valaisanne, les Reines du Valais sont aussi constitutives du patrimoine helvétique. Leur combat est devenu un véritable phénomène qui attire toujours plus de spectateurs, de Suisse ou d’ailleurs. Ils ont été entre 4’500 et 6’000 à assister aux épreuves sélectives précédant la finale cantonale. Cette dernière s’est déroulée à Aproz, où 150 vaches de la mythique race d’Hérens se sont affrontées lors des finales par catégorie puis de la Finale des Finales pour conquérir le titre prestigieux de Reine Cantonale 2005.

15mille personnes ont comblé tribunes et talus pour assister à cette manifestation unique et typique, et 70’000 spectateurs ont assisté à l’ émission transmise en direct à la télévision

En Valais, il y a une douzaine de combats par année en plus d’une grande finale. Au fil des années, ces combats ont été organisés de manière stricte. Par souci d’équité, les bêtes sont réparties en plusieurs catégories. En principe, il y en a cinq. La 5ème catégorie est la catégorie réservée aux génisses. Elle regroupe des femelles de 2 ans et demi qui n’ont pas encore vêlé. La catégorie des premiers veaux  concerne ce que l’on appelle les primipares, soit les bêtes qui ont mis bas leur premier veau.

Les vaches qui ont eu deux au moins veaux sont réparties dans les trois premières catégories en fonction de leur poids. Toutes ces vaches sont pesées. Le tiers des bêtes les plus lourdes, pesant en général plus de 600 kilos, forment la première catégorie. Les bêtes les plus légères constituent la troisième catégorie et le tiers médian la deuxième. Toutes les vaches qui se présentent dans l’arène doivent être portantes.

On peut voir les vaches de la race d’Hérens combattre dans différentes circonstances. Après avoir passé l’hiver dans leur étable, elles sont sorties au printemps. Les propriétaires “mélangent” les bêtes de leurs exploitations. Bien qu’elles se soient côtoyées durant de longs mois, les lutteuses se livrent alors aux combats pour déterminer la reine du troupeau. Puis, à la fin du printemps, les bêtes sont conduites à l’alpage. Le premier jour a lieu l’inalpe. Les bêtes de différents troupeaux sont mélangées. Des combats intenses ont lieu. Ces inalpes sont des instants très prisés par les amateurs de combats de reines ainsi que par les hôtes du Valais. Une véritable fête est souvent organisée sur l’alpe en même temps que l’inalpe. Il y a autant d’inalpes que d’alpages possédant des vaches de la race d’Hérens dans le canton. Ces montées à l’alpage se déroulent entre la fin mai et durent tout le mois de juin. A l’automne, les bêtes sont descendues en plaine. C’est la désalpe. De nombreuses manifestations sont également organisées à ce moment-là, rendez-vous obligatoire pour les éleveurs. en Valais Très souvent les propriétaires des vaches ont des petits troupeaux et font parallèlement un autre travail, comme M. Jean François Moulin, paysagiste, qui possède 22 vaches parmi lesquelles Saphir, reine cantonale de l’édition 2004 et confirmée cette année

Et si un athlète, pendant toute l’année doit s’entraîner pour le jour de la compétition, pour une vache…comment ça se passe?

Front contre front dans l’arène les vaches de la race d’Hérens se sont affrontées pour établir une hiérarchie non seulement dans le troupeau mais dans tout le Valais .

Ces reines ont participé, durant l’automne et le printemps précédant la manifestation, à des luttes sélectives lors de combats régionaux dans l’ensemble du Valais.

Pour déterminer les classements, un jury observe et compte les affrontements. Une bête qui a perdu à trois reprises est éliminée. La journée d’un combat de reines commence par les éliminatoires. Les bêtes inscrites dans chaque catégorie sont réparties en plusieurs groupes comprenant entre 12 et 20 bêtes en fonction du nombre de bêtes inscrites. Les meilleures de chaque groupe sont qualifiées pour la finale qui a lieu en principe l’après-midi. Les bêtes qui combattent en finale sont éliminées au fur et à mesure, jusqu’à ce qu’il n’en reste que six dans l’arène. A ce moment-là, chaque bête lutte contre chacune de ses rivales. Le jury établit un classement. Celle qui a gagné face à chacune de ses rivales est sacrée reine de sa catégorie en contribuant ainsi à la fierté légitime de son heureux propriétaire.

Dans l’arène, seules des personnes autorisées sont admises. Il s’agit des rabatteurs. Leur rôle consiste à faire en sorte que les combats se déroulent de manière loyale. Par leurs interventions, ils évitent qu’une troisième intervenante dérange le combat de deux lutteuses. Ils mettent également face à face les bêtes qui n’ont pas eu l’occasion de s’affronter

Plusieurs combats éliminatoires ont lieu tout au long de l’année. Les six premières de chaque catégorie sont qualifiées pour la grande finale, appelée finale cantonale, qui a eu  lieu au mois de mai à Aproz, près de Sion. Pour la finale, le même processus que lors des combats éliminatoires reprend. A’ la fin de la journée, les reines des quatre catégories sont remises dans l’arène pour la finale des finales. La bête qui a vaincu toutes ses rivales est sacrée reine cantonale. Les combats qui ont lieu en été ne donnent pas la possibilité de se qualifier pour la finale cantonale

La dizaine de combats qui se déroule tout au long de l’année en Valais attire des foules considérables.

Le combat de Aproz est depuis toujours une occasion de convivialité et de fête, et bien sûr, on ne peut pas y aller seul…

On peut estimer à près de 50’000 le total des spectateurs qui assistent à ces joutes toutes pacifiques dont une dizaine de milliers pour la finale cantonale. L’engouement pour ces combats est tel qu’un journal mensuel a été créé pour les relater, ainsi qu’une émission hebdomadaire à la radio locale valaisanne, et les «numéros» de cet événement sont considérables

Le combat, la manifestation sportive, l’attention à la race d’Hérens et la confrontation entre les éleveurs sont les ingrédients principaux de la finale cantonale, mais si pour un moment on quitte l’arène des yeux, on se tourne, et on regarde la tribune, on observe quelque chose d’étonnant. Un mélange énorme de personnes, différentes par âge, sexe, mœurs, dérivation sociale, et oui!, avant tout le combat de Aproz est le trait d’union d’un peuple

Assis tout près d’un éleveur, debout les yeux fixés sur l’arène ou se promenant entres les vaches, presque confondus dans le public, souvent on aperçoit des personnalités qui n’ont pas voulu louper le rendez–vous de la finale, conseillers fédéraux, députés, et présidents ont laissé pour un jour leurs engagements institutionnels pour rendre hommage à la «reine“ … comme le Président de la Commune d’Orcières, pays voisin de Courmayeur

Les combats poursuivront jusqu’au soir et la fête…bien plus encore, les vaches se prépareront pour l’inalpe et les responsables de la manifestation commenceront déjà à penser à l’année prochaine

L’arène est vide. Paysans, rabatteurs et spectateurs sont en fête, Saphir est la reine cantonale 2005 et le coucher du soleil semble ne pas déranger l’état d’esprit des centaines de personnes qui poursuivent les réjouissances, en mémoire d’un jour spécial, qui depuis toujours a su lier le présent avec le futur

Pubblicato / aggiornato il 28/12/2020 alle 20:30
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Categoria: Cultura / Video