Rien qu’une vache – Alpage technologique
La vie à l’alpage est un phénomène étroitement lié à l’élevage des races autochtones valdôtaines, ainsi qu’à la production de Fontina. Mais si cette conduite comporte une amélioration du bien-être du troupeau et, par conséquent de la qualité du fromage, on ne peut pas toujours en dire autant de la qualité de vie de l’éleveur. La vie à l’alpage est très dure : les horaires sont lourds, le travail fatigant et l’abandon de l’agriculture doit, en partie, être attribué à cette vie rude, parfois presque insoutenable. Toutefois, au cours des années, les éleveurs qui ont continué à pratiquer cette montication saisonnière, ont commencé à se créer des conditions de vie bien plus confortables et, faisant recours à la technologie, ils ont transformé leurs alpages en de modernes exploitations agricoles de montagne. Nous irons aujourd’hui visiter un alpage qui illustre cette transformation.
Cet alpage est encadré d’un contexte naturel spectaculaire : tel un balcon qui plonge sur la Valgrisenche, il étend son regard sur La Grande Sassière, l’Ormelune, et le Col du Mont ; les prairies sont parsemées de fleurs et de nombreux cours d’eaux courent le long des pentes. Et c’est en observant justement l’eau que nous apercevons quelque chose de bien singulier. En amont du pâturage, où les vaches paissent, un système d’irrigation est en fonction, mais l’eau qui en sort a une couleur inhabituelle : elle est marron. La raison de cette anomalie chromatique est due au fait que cette installation n’est pas vraiment destinée à l’irrigation pure et simple, mais à la ferti-irrigation.
Séparons en deux l’expression et cherchons alors à comprendre de quoi il retourne . La fertilisation est le processus visant à apporter à un milieu de culture, comme le sol, les éléments minéraux nécessaires au développement de la végétation. Ces éléments peuvent être de deux types : les engrais et les amendements. La fertilisation est pratiquée en agriculture, en jardinage mais également en sylviculture.
L’irrigation, quant à elle, consiste à apporter de l’eau aux plantes cultivées, afin de leur permettre un développement normal lorsque les conditions de pluviométrie naturelles sont insuffisantes, en particulier dans les zones arides.
Dans notre cas, les deux finalités se mélangent : l’apport d’eau et d’éléments fertilisants est simultané, il en résulte alors la ferti-irrigation.
Il est 10h30 : Enzo Praz fait le tour des pâturages pour irriguer. Avec lui son fils Julien, qui le suit partout et est en train d’apprendre le travail de papa. Un geste avec le pied et le jet part, dans toute sa puissance. Voilà que les couleurs de l’irrigation se mélangent à celles du ciel et de la montagne.
Tout juste le temps de faire cette considération poétique que vite, vite, il faut s’enfuir !
La matinée passe vite. Pendant que M. Praz termine son travail, les bergers ramènent les vaches à l’alpage.
Et voici la maison d’alpage : c’est une structure à deux étages, construite en pierre, qui comprend la cuisine et la salle à manger, la fromagerie, les chambres à coucher, ainsi que la salle pour la micro turbine. Puis une longue bâtisse au rez-de-chaussée reçoit l’étable.
Nerina Luboz, la femme d’Enzo Praz, est en train d’achever quelques travaux domestiques en attendant que tout le monde arrive pour le repas.
Pendant ce temps-là le petit Julien, comme le veut son jeune age, est en train de jouer.
Enzo Praz est encore dans les prés, il se dirige vers l’asperseur, prudemment. C’est le moment d’arrêter la ferti-irrigation.
C’est alors que nous profitons d’un moment de liberté pour en savoir davantage sur la ferti-irrigation.
Ce type d’installation est technologiquement avancé, et ce qui frappe encore plus c’est qu’elle est placée à plus de 2000 mètres d’altitude. Mais dans la pratique, comment fonctionne-t-elle ?
Une fois installé, ce type de technique d’irrigation ne nécessite pas de gros efforts d’entretien mais, pour que l’arrosage soit efficace, il faut quand même faire attention à doser le rapport d’eau et de fumier.
La ferti-irrigation parait donc être un bon moyen de gestion des pâturages et M. Praz se déclare satisfait de ce choix.
À propos de manger : c’est l’heure du déjeuner, les vaches ont désormais été rentrées à l’étable et tout le monde s’approche de la cuisine.
Autour d’une grande table, la famille Praz, ainsi que les bergers, les ouvriers, quelques techniciens et des amis, mangent en se racontant la matinée de travail.
Le silence de l’après-midi en alpage est interrompu seulement par le bruit de l’eau de la fontaine, et c’est justement cette eau qui représente une grande ressource, ici à Plontaz : à 2300 mètres d’altitude, au milieu des prés, le courrant électrique ne manque jamais, grâce à l’eau. Mais de quelle manière ?
Sitôt dit sitôt fait. Raconté de cette façon, cette installation de micro turbine nous paraît très facile à réaliser.
Nous profitons de la pause de l’après-midi pour nous rendre à l’alpage de La Tzale, où le troupeau des Praz fait son dernier tramail.
On peut dire que cet alpage est le jumeau de celui de Plontaz, la structure est presque la même et du moment qu’il est vide, nous ne dérangeons donc personne, et nous en profitons pour jeter un coup d’œil à l’intérieur.
La salle à manger, au rez-de-chaussée, est spacieuse et confortable ; juste à droite, voici la fromagerie, avec son grand chaudron pour la Fontina. Au premier étage les chambres : elles sont nombreuses et l’une d’elles offre un panorama effrayant.
Nous revenons à l’extérieur pour admirer les montagnes qui entourent cet alpage à 360°. Nous poursuivons notre promenade et bientôt nous apercevons des touristes qui se sont égarés. Nerina Luboz leur indique la route et nous revenons à Plontaz : c’est le moment de la traite.
À l’alpage de Plontaz la traite se fait encore à la main, pour un choix de M. Praz, bien que le courrant électrique soit présent.
Et ce courrant est sûrement un atout important pour un alpage : que d’appareils peuvent s’y alimenter améliorant la vie de ceux qui y travaillent. Mais pas tous les alpages sont dotés de micro turbines, quelles sont alors les caractéristiques nécessaires pour ce type d’installation ?
C’est vrai, il faut avoir de l’eau, bien sûr, mais il faut considérer également le coût d’installation que cette turbine comporte.
L’aspect économique joue donc son rôle, mais en comparaison l’avantage est considérable. Et qu’en pensent les éleveurs valdôtains ? Est-ce que, dans notre région, les alpages équipés de micro- turbines sont nombreux ?
Ce qui se conjugue très bien avec ce contexte naturel !
Pendant que nous sommes en train d’observer le milieu, Julien vient nous appeler.
Il paraît qu’il veut préciser que, lui aussi, à l’alpage de Plontaz, donne un sérieux coup de main. Nous le suivons alors dans l’étable pour découvrir qu’il est très bon trayeur !
Le temps à notre disposition va bientôt toucher à son terme. Nous avons vécu une journée avec la famille Praz, pour découvrir la vie d’un alpage qui conjugue tradition et innovation ; technologie et respect de la nature. Et que ce soit pour une question de qualité de la vie, ou bien encore pour des raisons de rente économique, le secret de cette vie à Plontaz nous l’avons trouvé : c’est cette image d’un enfant, qui, insouciant que son anorak soit trop grand pour lui, court dans les prés, avec la seule pensée de passer la journée avec son papa.
Pubblicato / aggiornato
il 16/08/2021 alle 20:30
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Cultura / Video