Rien qu’une vache – La Filière de la laine (Première partie)
Un mouton qui saute pardessus la haie… deux moutons qui sautent par-dessus la haie… trois moutons… Non, non, attendez ! Ne vous endormez surtout pas, vous perdriez le fascinant parcours de la toison au drap de laine. Un parcours ancestral, ici en Vallée d’Aoste, puisque déjà au 16ème siècle, les Valgreseins se fabriquaient d’épais vêtements (pour s’isoler du froid et de la neige) à partir de la laine de leurs propres brebis, en la tissant à l’aide de métiers à tisser. Mais avant d’aborder les différentes étapes de cet itinéraire, qui nous portera des alpages valdôtains jusque dans la plaine du Pô, et même bien au-delà, faisons un brin de laine euh…pardon !… d’histoire, en commençant par la toute première protagoniste: la brebis.
Dans les années 1800, l’agriculture demeurait la ressource principale des vallées latérales de la région et presque toutes les familles comptaient, parmi leur bétail, quelques brebis. Leur présence sur le territoire revêtait une importance fondamentale également pour l’environnement puisque, durant la saison d’alpage, elles broutaient sur les hauts pâturages, là où même les chèvres ne daignaient pas monter. À leur façon, elles contribuaient donc ainsi à l’entretien de la montagne. De taille moyenne, robustes, bien adaptées au rude contexte montagnard, elles représentaient un apport précieux pour leur viande et pour leur laine. Considérées comme une ancienne race de montagne, d’origine incertaine, très similaires à la savoyarde, elles prirent le nom de Rosset, probablement en raison de la couleur rougeâtre de leur toison.
Mais la race Rosset n’est pas à proprement parler rentable (faible agnelage, peu de lait). Le métissage avec d’autres races et le développement d’une agriculture plus spécialisée, qui lui a préféré l’élevage bovin plus avantageux, ont entraîné un appauvrissement progressif de la population qui l’a portée au seuil de l’extinction. En 1980, on ne comptait plus que quelques 250 têtes. Grâce à une importante politique de récupération, la situation s’est lentement redressée. En 1983, la FAO a inséré les brebis Rosset parmi les races en voie d’extinction et depuis la fin des années Quatre vingt dix c’est l’Association régionale des éleveurs valdôtains (l’Arev) qui s’est prise la charge de repeupler la Vallée en brebis en fournissant également de nouvelles souches de rentabilité.
Aujourd’hui les brebis de la race Rosset sont au nombre d’environ 1500, réparties entre approximativement 130 éleveurs.
Si lait et viande ne sont pas encore très exploités sur le marché et restent d’un usage principalement familial, la laine, elle, a fait l’objet d’une étude, en 2001, en tant que possible filière à développer. L’expérience a démarré à Valgrisenche, où il existait déjà une coopérative, les Tisserands, engagée dans le secteur du tissage et de la commercialisation du drap.
Il est également difficile de convaincre des gens d’ailleurs à se déplacer à Valgrisenche pour travailler chez les Tisserands : le chemin à parcourir épouvante un peu, surtout en hiver.
Revenons au tissage : les Tisserands n’utilisaient pas de la laine valdôtaine : le produit demi-brut (c’est-à-dire déjà lavé, coloré, filé et tordu) arrivait de Sardaigne. Aujourd’hui encore, les tissus colorés sont réalisés avec de la laine sarde, mais deux autres types de laine sont utilisés.
Aujourd’hui, la laine des brebis Rosset arrive à Valgrisenche sur des roquets et toutes les phases préparatoires, nous le verrons après, sont bien organisées. Toutefois, au début de ce projet, le problème de trouver une structure artisanale à même d’effectuer les traitements nécessaires se posa. Ce fut l’Arev qui prit les contacts et les accords indispensables et la laine récoltée fut acheminée jusqu’en France, à Chantemerle dans les Hautes- Alpes, où elle était lavée, puis filée, avant de revenir en Vallée d’Aoste, prête pour le tissage.
L’expérience à été couronnée par le succès et deux circonstances profitables se sont produites : avant tout un nombre toujours croissant d’éleveurs a adhéré au projet ; en deuxième lieu, un groupe d’entrepreneurs a décidé de s’engager pour la constitution d’une maison de mode visant la création et la commercialisation d’une veste en drap conjuguant tradition et modernité, à proposer à une clientèle appréciant le style décontracté et la qualité.
Aujourd’hui une bonne trentaine d’éleveurs de brebis Rosset fournissent la laine. Et c’est un parcours partagé entre Arev, manufactures de Biella et de Brescia, coopératives Les Tisserands et société Valgrisa qui amène le produit sur les épaules des acquéreurs. Partons alors du début et suivons la laine tout au long de ses voyages pour devenir une veste en drap.
À la fin de la saison d’été, les brebis descendent, elles aussi, des alpages (tout comme les vaches) et elles sont lourdes de laine. Il faut alors les tondre. Cette opération se fait encore parfois à la main.
La tonte se fait en utilisant un instrument appelé forces et en suivant des règles, qui ne sont toutefois pas si strictes
Dans les élevages les plus importants, on fait appel à des tondeurs professionnels venant de la région de Biella, qui utilisent des tondeuses électriques. Un procédé plus rapide et sûrement moins fatigant pour l’homme.
La tonte mécanique est donc plus rapide mais elle risque d’être un peu désagréable pour la brebis.
Les forces ne nécessitent pas d’un grand entretien, puisqu’il suffit de veiller à qu’elles ne se rouillent pas et qu’elles soient toujours aiguisées. Par contre, la tondeuse mécanique a plus d’exigences.
Pour que la qualité de la laine soit bonne, il faut prendre quelques précautions au cours du tondage : il faut en effet travailler sur des surfaces propres et, encore…
Même en prenant toutes les précautions possibles, il reste dans la toison des saletés dont il faut débarrasser la laine : terre, herbes, brindilles. On procède alors au tri, effectué aux soins de l’AREV.
La laine est alors regroupée en bottes et elle part vers la plaine.
Oui, c’est vrai, elle part, mais nous n’avons plus le temps de vous raconter tout ce qui se passe pour quelle devienne un tissu et, ensuite, un veston ! On va donc le faire la semaine prochaine.
Pubblicato / aggiornato
il 20/09/2021 alle 20:30
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