2003 – Rien qu’une vache – La désarpa
Samedi 27 septembre 2003.
C’est le jour J, celui que Paolo et Giuliano, respectivement conducteurs et bergers des alpages de Plan de l’Eyve et de Grand Grimod, ont choisi pour la désarpa.
C’est vrai que, tradition oblige, on aurait pu s’attendre à ce que le choix tombe sur le 29 septembre, jour de la Saint-Michel, mais c’est un lundi et le samedi est certainement plus approprié pour attaquer la longue descente qui de l’étable de Grand Grimod à 2200 mètres porte le troupeau jusqu’à Chevrot de Gressan.
Du reste, aujourd’hui, peu sont ceux qui travaillent ainsi beaucoup ont pu monter jusqu’à Pila. Il y a les Pomat – Giorgio, Ivana, Monique, Sylvie et Laurent -, les Saluard – René, Elia, Elio et Pasquale -, les Empereur – Maurice, Gabriele et Ivo -, et puis aussi les Gorraz – Dino et Mauro – et les Talmet – Rino et Paolo.
Avec Paolo et Giuliano ce sont les propriétaires des 80 vaches, des 13 génisses et des 15 veaux qui ont passé l’été sur les pâturages de Pila.
Ugo Jans est lui aussi un des propriétaires mais il a préféré attendre à Gressan ses deux pies rouges.
Six heures trente, départ de Gressan. Il fait encore nuit et chacun sait que la journée sera rude mais tous s’y préparent avec joie parce qu’il n’est pas de plus belle fête que la désarpa pour les éleveurs et pour ceux qui tout l’été ont travaillé en haut à l’alpage.
Et plutôt que de perdre une telle fête, Ivana et Giorgio ont décidé que pour aujourd’hui leur agritourisme de Buthier à Gignod pouvait bien rester fermer.
Les préparatifs vont bon train. Dans l’étable chacun a sa tâche. Qui nettoie, qui brosse les vaches, qui remplace les clarines que les vaches ont porté 120 jours durant par de grosses sonnailles qui cadenceront de leur son retentissant la descente et l’arrivée à Gressan.
Le jour avant, Rino a coupé les boquets et, le soir, la petite Marie-Hélène a fixé sur les branches de sapin les rosettes rouges et blanches.
Tout est prêt. Une goutte de café que Mohamed, le fromager a préparé. C’est à lui que revient le premier bilan de la saison.
C’est l’heure de partir. Dans cinq heures nous serons à Gressan.
Les pâturages du fond de Grand Grimod offrent à l’arpà son ultime repas de l’été.
Tous profitent de cette halte car le chemin sera long.
Le troupeau défile à Grimondet puis s’engage sur le chemin qui mène jusqu’à Grivel.
De l’étable de Grivel, on coupe à travers champs direction Fernier où on prendra le chemin vers Bren.
C’est la dernière occasion pour embrasser du regard toute la combe de Pila.
De Bren nous descendons à La Vachère où René nous a réservé une surprise.
Avec ses amis il a organisé une pause buffet que chacun juge bien agréable.
Un bon verre de vin, le temps de remercier et nous voilà repartis sur la colline de Gressan, le long de la route des mayens de Noeglio.
Le son des grosses sonnailles arrivent jusqu’au village et de nombreuses personnes, le regard sondant les hauteurs, se préparent à accueillir les cent et quelques bêtes du troupeau.
Au détour du clocher de la chapelle de Moline nous attend la famille de Albino Quendoz qui offre un petit blanc ou un petit rouge à qui en a envie tandis que les vaches vont chercher l’eau à l’abreuvoir de la Place de Grand Four.
C’est à La Cort que le troupeau débouche sur la route régionale.
En tête Monella, la reine des cornes, accompagnée par Ivo et Giuliano et suivie de la petite Marie-Hélène qui, pour rien au monde, n’aurait voulu manquer la désarpa de ses vaches.
Les gens accourent et de toutes les maisons ce sont des acclamations. C’est une grande récompense pour tous ceux qui ont affronté les quatre heures de marche. Désormais il manque peu à l’arrivée.
Ça y est. Nous atteignons Chevrot. Le dernier kilomètre pour arriver au pré où les bêtes pourront finalement se reposer, se rassasier et s’abreuver avant d’être transférées, d’abord à pied puis en camion, dans leurs étables respectives.
Et aussi pour tous les autres protagonistes de la désarpa de Grand Grimod le moment est venu de se reposer. Et quoi de mieux que de la faire devant une bonne table en compagnie des amis.
Depuis des siècles. La désarpa marque la fin de l’été pour la communauté agropastorale valdôtaine, habituée depuis toujours à s’aligner aux rythmes de la nature.
A présent l’hiver approche et pour ceux qui vivent de l’élevage une longue saison de travail se prépare.
La nuit tombe alors que les derniers camions s’en vont. Les bêtes et les hommes, que l’été avait réunis tout au long de la saison, se sont séparés.
Aujourd’hui, au cœur des montagnes de Gressan, une grande fête a rendu les honneurs à la vache, reine de nos pâturages, et à tous ceux que les alpages mettent à contribution, selon l’une des plus belles traditions de la Vallée d’Aoste et des populations de montagne. De ces traditions, la bataille de reines est l’une des plus importantes comme en témoigne le concours éliminatoire de Saint-Christophe où se disputaient les douze dernières places pour accéder à la grande finale de la Croix Noire de dimanche prochain
Pubblicato / aggiornato
il 03/08/2020 alle 20:30
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